Le HipHop : Entre illusions et réalités

Musique, films, TV, mode, cinéma, publicité, design, le HipHop a investi un certain nombre de domaines et d’espaces et s’est imposé, de fait, comme une culture dominante. Malgré cela, la culture HipHop demeure une énigme pour beaucoup et suscite encore pas mal d’interrogations. A tort et à raison d’ailleurs. Quoiqu’il en soit, nous ne sommes pas encore arrivés et devons continuer à nous battre pour que cette culture grandisse et obtienne le respect qu’elle mérite. Pour cela, nous devons nous aussi (acteurs, activistes, passionnés de HipHop) clarifier certains points. C’est ce que La Voix du HipHop a tenté de faire en vous apportant les réponses aux 4 questions suivantes : Qui contrôle le HipHop aujourd’hui? Pourquoi le HipHop n’est pas devenu une force politique ? La forte commercialisation du rap est-elle un problème ? Qu’est-ce que le HipHop en fin de compte?

Le HipHop : Entre illusions et réalités.

 

 

Qui contrôle le HipHop aujourd’hui?

Le HipHop n’appartient à personne. Le business du HipHop non plus. C’est clair qu’aujourd’hui, le HipHop a pris une forte dimension commerciale, et que cette force est surtout développée et exploitée par les grandes entreprises, les grands labels et les grands média, comme l’illustrait bien le Power 30 (un classement des personnalités et organisations les plus influentes et puissantes dans le business HipHop) du magazine The Source. Cela dit, cela ne leur donne pas un pouvoir sur le HipHop. Parce que le HipHop, c’est aussi toi, c’est aussi moi. Et ils ne nous contrôlent pas. Par contre ce power 30 montre bien l’illusion de pouvoir que prédomine dans le milieu HipHop. Beaucoup pensent que les G-unit, les Shady records, les Def Jam et autres labels HipHop soit au pouvoir, alors que ce n’est pas vrai. Ces labels d’une, ne sont pas des entités autonomes et indépendantes, de deux, sans la distribution et l’argent d’Universal music (dans leurs  cas) ou de Sony BMG, ou Warner, sont impotents.

 

Par contre à la question à qui profite le HipHop ? Je répondrai que ce sont actuellement les grandes entreprises et les grands média qui profitent du (pouvoir du ) HipHop, le pouvoir d’influer sur les décisions d’achat, le pouvoir de changer la vie des gens, le pouvoir de conditionner des décisions politiques. Alors que ce sont les mêmes qui souvent le dénigrent, le déforment et lui manquent de respect.

 

Le véritable pouvoir du HipHop, il est dans chacun d’entre nous, dans notre capacité à  agir, à réfléchir, à créer, à dire non, à ce qui nous plaît. C’est juste que beaucoup d’entre nous ignorent le pouvoir que nous avons. Il suffit de regarder ce que le HipHop a réalisé en une trentaine d’années seulement, pour s’en rendre compte.

 

Pourquoi le HipHop n’est pas devenu une force politique ?

Je dirai que c’est une question de temps. Le temps que la génération HipHop prenne confiance de sa force et de son importance. J’ai été interpellé il y a quelques temps sur l’impact du HipHop, alors qu’on entendait parler des 30 ans de la culture HipHop. On m’a demandé ce que le HipHop avait  fait et apporté en 30 ans? Sous-entendu, le HipHop n’a rien fait et n’a rien changé en 30 ans.

 

Ce n’est pas si simple. Le HipHop, est un enfant qui  a dû se débrouiller tout seul comme un grand pour s’en sortir et se développer. Bien sûr qu’il fait des erreurs, qu’il s’est par moments égaré,  mais il n’avait pas de guide, pas de soutien. Il a tracé son propre chemin et à faire quelque chose de positif et de constructif de sa vie. Beaucoup des aînés lui tournaient le dos, le méprisaient ou le dénigraient mais peu lui ont tendu la main. Aujourd’hui, parce qu’il est soi-disant reconnu, parce qu’il est devenu une industrie qui génère des milliards, parce qu’il est devenu une culture de dimension mondiale, tout le monde vient lui demander de rendre des comptes, de résoudre tel ou tel problème social, économique ou politique.  De quel droit ? Ca, c’est une chose.

 

Ensuite, je pense que le HipHop a beaucoup fait politiquement. Gabin Nuissier, le fondateur de la compagnie de Danse, Aktuel Force, a dit ceci, « la culture HipHop nous a relevé ». La force politique du HipHop, c’est ça, Il a redonné de la confiance, de l’amour de soi, un sentiment d’exister et d’être quelqu’un à une certaine catégorie de gens. Il leur a aussi redonné une voix. C’est en soi, un acte politique fort.

 

Enfin, maintenant que nous avons relevé la tête, nous devons regarder devant nous, derrière nous et autour de nous, pour avancer et faire en sorte de garder la tête. Et je pense que ce n’est que maintenant que nous pouvons faire ce travail. Le HipHop est désormais arrivé à maturité, nous avons en outre, derrière nous, l’histoire et les expériences des aînés, à nous désormais de faire en sorte qu’on représente aussi une force politique et pas uniquement une masse de consommateurs et une communauté de cas sociaux et d’animateurs socio-culturels. Cela dit, être une force politique, ça ne veut pas dire que le HipHop doit devenir un parti politique, et d’ailleurs parti de quoi, un parti HipHop ? et avec qui ? le HipHop est aussi hétérogène que la population qui s’en revendique. Nos parcours sont différents et nos origines sont différentes, ce qui crée des différences dans les perspectives et sensibilités politiques de chacun…Non, ce qui va faire du HipHop, une véritable force politique, ce sera sa capacité à créer des opportunités pour les siens, sa capacité à faire émerger une communauté et un réseau économiques autonomes.

 

La forte commercialisation du rap est-elle un problème ?

Le principal point positif, c’est que le développement commercial du rap a permis d’accroître le nombre de fans de rap. Le fait que le rap soit davantage diffusé et disponible a fait que de nombreuses personnes ont pu y avoir accès, ce qui n’était pas le cas avant. Cela a généré des passions, des envies et des ambitions, des nouvelles générations, de nouveaux publics ont investi le rap et lui ont donné une nouvelle saveur et poussé sa diversité.

 

Ensuite, ce développement a généré une économie viable et un marché pour les différents acteurs de cette culture. Des entreprises, des métiers, des emplois ont été créées autour et grâce au rap. Le rap a en outre, servi de cheval de Troie pour tout un pan de la population qui ne parvenait pas à se faire une place dans le marché du travail. Avec le rap et l’économie que cela engendrait, c’était devenu possible. Dans ce sens, l’explosion commerciale du rap a joué un rôle d’intégration sociale et économique.

 

Le principal côté négatif, c’est que la commercialisation du rap s’est faite au détriment de l’essence du rap. Afin d’en faire un produit attirant et acceptable, les maisons de disque et les sociétés commerciales ont déshabillé le rap, lui ont enlevé sa dimension sociale, historique et politique. En outre, les personnes qui ont profité de l’explosion commerciale du rap ne sont que trop rarement des personnes qui ont contribué au développement de cette musique et de cette culture, ou qui y participent.

 

La commercialisation du rap s’est traduite par une standardisation dans les ondes et les média de ce que devrait être le rap selon ces entreprises. Ce qui a eu pour conséquence de fermer pas mal de portes aux voix du rap qui ne correspondraient pas au modèle établi par les majors du disque, les radios et les média en général.

 

Mais le problème ce n’est pas vraiment la commercialisation du rap ou sa diffusion dans les principaux média. Le rap, en soi, est un art, il n’a pas besoin d’être commercialisé pour être pratiqué à priori. La commercialisation, du rap, pour moi, est une bonne chose. Ca permet de diffuser le rap, le message véhiculé par le rap… Si les disques de Boogie Down Productions, Rakim, Big Daddy kane n’étaient pas commercialisées, je n’en serai peut-être pas là aujourd’hui à te répondre. Si les artistes indépendants que nous apprécions ne vendent pas leurs productions et/ou si nous, nous ne les achetons, il se peut très bien qu’à un moment, ces artistes s’effouflent et passent à autre chose… La radio permet de faire connaître le rap, de susciter des aspirations, d’inspirer à la création. Ce n’est pas le média qui est en tort à la base. C’est la façon dont il est utilisé.

 

Qu’est-ce que le HipHop en fin de compte?

Le HipHop, c’est la rébellion contre le statu quo. Même si cela peut surprendre dit comme ça, mais je reste persuadé que pour comprendre le HipHop, il faut comprendre cette notion de rébellion. La rébellion, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas “ je nique tout », “ je casse tout “, “ je me fous de tout “, etc. Non. La rébellion, c’est créer, c’est pour changer ce qui ne nous plaît pas. La rébellion, c’est défier la norme, ce qui est considéré comme normal. La rébellion dans le HipHop, c’est créer quelque chose de positif avec ce qu’on a, même si on ne nous a rien donné. La rébellion dans le HipHop, c’est devenir un acteur averti de sa propre vie. La rébellion dans le HipHop, c’est se prendre en charge pour changer les choses qui nous déplaisent. La rébellion dans le HipHop, c’est développer nos propres structures pour faire ce que nous aimons et avec les gens que nous voulons.

 

Cette rébellion peut se manifester sous une forme purement artistique, mais elle peut être aussi plus politique, plus sociale, plus académique… mais cela reste une rébellion. Si des jeunes dans le monde entier se sont retrouvés dans cette culture et en ont fait une partie intégrante de leur vie,  c’est, à mon avis, parce qu’ils se sont identifiés à cela, peut-être inconsciemment d’ailleurs. L’histoire des 4, 5, ou 9 disciplines qui définiraient le HipHop, selon moi, est, pas vraiment accessoire, mais une définition superficielle, incomplète de cette culture.