Flynt – « Tant que la passion m’anime, je continuerai »

Son premier album solo, « J’éclaire ma ville »,  est sorti au printemps 2007. Il n’a pas eu, à notre avis, l’écho qu’il aurait mérité. Discret depuis, nous avons eu l’occasion de le rencontrer lors des HipHop Dayz 2007. Nous en avons profité pour lui demander de nous apporter un éclairage sur son très bon premier album. Afin de vous inciter à le (re)découvrir. Entretien.

Flynt MC

Peux-tu nous faire une présentation de ta personne ainsi qu’un petit historique de ton parcours discographique ?
C’est un parcours classique, j’ai commencé par produire une compilation « Explicit Dixhuit, la réunion des MC’s du 18ème arrondissement ». C’était vraiment ma première expérience en tant que producteur et en tant que MC. C’est sur ce projet que le public a découvert mon premier véritable titre en solo,  « Le Choc frontal », que l’on a clippé et qui a beaucoup tourné. Après j’ai réalisé deux maxis vinyles. Ayant découvert la musique et le rap en particulier avec les vinyles, j’avais envie de faire ça à l’ancienne, j’ai sorti un premier maxi vinyle « Fidèle à son contexte », et un deuxième « Comme sur un playground », et entre temps je faisais des projets à droite à gauche. Ensuite l’album s’est imposé à moi. Au départ ce n’était pas évident pour moi de faire un album, mais voilà un jour c’était devenu évident. On d’abord lancé le maxi « 1 pour la plume » pour annoncer la couleur et ensuite l’album « J’éclaire ma ville » est arrivé le 28 mai 2007.

Il t’a fallu combien de temps  pour la réalisation de cet album (« de l »entrée en studio jusqu »au pressage ») ?
Il faut remonter au début du travail d’écriture en fait. Avant de rentrer en studio, j’avais déjà tout écrit pratiquement à part quelques couplets. J’ai commencé à écrire à partir du 2ème maxi. Il y a eu pratiquement 2 ans entre le moment où j’ai commencé à écrire l’album, et le moment où je suis rentré en studio. Ensuite il s’est écoulé environ un an en studio. Les instrus de l’album, je les ai cherchés pendant 3 ans. C’est un projet qui a mis 3 ans à se réaliser. Je pense qu’il est nécessaire de prendre son temps, de ne pas faire les choses à la va vite. Mon objectif, c’était de faire des morceaux qui restent dans le temps.

Est-ce qu’il y a des morceaux qui t’ont posé des difficultés ?
Il y a des titres que j’ai écrits plus rapidement que d’autres, mais d’une certaine manière chaque morceau est une difficulté. « Tourner la page » par exemple a mis du temps, il s’est écrit tout au long de la réalisation de l’album, comme un « fil rouge ». De manière générale, je ne marche pas à la pression, ça sort quand ça sort. Dès fois t’es bien sûr obligé de te mettre la pression, il y a des couplets que je devais finir vite, donc j’ai dû hausser un peu le rythme en voyant la date de sortie annoncée de l’album approcher.

Justement l’album commence par le morceau «  1 pour la plume », qui est un morceau vraiment dans la tradition Hip-Hop… Etait-ce une manière de mettre au parfum l’auditeur, en ce qui concerne ton rap ?
Exactement, c’était pour annoncer ce que l’on va pouvoir trouver dans cet album. S’il y avait une phrase qui devait résumer l’album ça serait celle-là,     « 1 pour la plume ex æquo avec le gros son !». Le rap sert à dire quelque chose, le but est de faire passer un message et de ramener du sens, le texte c’est la base de cette musique pour moi, à égalité avec la musique. Le rap, c’est fait pour faire remuer ta tête et ce qu’il y a dedans.

Justement quel est ton point de vue par rapport à l’évolution du HipHop dans l’hexagone ? 
J’ai le sentiment que les vraies valeurs se perdent, c’est pour ça que j’ai écrit « Retour aux fondamentaux ». Les vraies valeurs pour moi ? C’est une démarche, un état d’esprit, un message à faire passer, une authenticité, dire des choses, faire des morceaux qui restent dans le temps, rapper vrai et toucher les gens. Mais beaucoup préfèrent faire des morceaux sans consistance ou de la variété, ce rap fast-food que je dénonce.

Et comment s’est opéré le choix de tes invités sur l’album ?
Moi, je marche au feeling. J’ai invité des gens que je connaissais et que j’apprécie artistiquement et humainement et qui selon moi ont une grosse plume. Je ne voulais pas noyer mon LP de collaborations, ce n’est pas un street album… Il n’y a que deux titres avec des invités parce que je voulais mettre chaque invité en valeur, je voulais que chacun ait sa place et un véritable rôle. Le morceau « 1 pour la plume version équipe » c’était pour dire que la culture de la plume existe et qu’il y a, en France, des fidèles représentants. Le morceau avec Sidi O, « La gueule de l »emploi » on met la plume sur un problème qui existe. C’est un morceau qui est scénarisé complètement, c’est assez original, c’est un thème qui n’est pas souvent traité. Le rap devrait véhiculer ce genre de chose justement, mais le rap devient assez égocentrique, beaucoup de MC’s sont centrés sur eux-mêmes. Pour revenir sur les invités, chacun a donc un rôle dans cet album.

Sur Paris notamment dans le 18ème est-ce que l’insécurité a-t-elle augmenté autant qu’ils (les politiques et les médias) veulent nous le faire croire ?
L’insécurité que je ressens c’est l’insécurité économique, sociale et financière. Mais bon, ici tu entends des histoires et des drames qui sont réels et qui n’ont rien à voir avec l’insécurité au sens médiatico-politique du terme. Il y a des gens qui pètent un câble à Paris, mais c’est comme ça partout du Nord au Sud. Mettre en avant l’insécurité, c’est un moyen de faire passer la droite au pouvoir. C’est un thème qui est forcément repris et matraqué pour manipuler les masses.

«  J’éclaire ma ville », le titre de l’album, le sample tourne en boucle et fait penser à une certaine routine omniprésente, je me trompe ?
Le sample tourne en boucle pour accentuer ce thème de la routine évoqué dans le titre « J’éclaire ma ville » et dans quelques autres sur l’album aussi.  Pour moi le rap c’est ça, un bon sample, un gros beat, un mec qui défonce et une basse qui tient la baraque. Moi j’ai beaucoup de samples sur mon album parce que j’aime ça et j’aime les scratches aussi…

Oui des scratches, ça devient rare sur les albums de rap actuellement ….
Cela fait partie des disciplines du HipHop. S’il n’y avait pas de DJs on serait franchement en galère. Quand on parle d’état d’esprit du HipHop, pour moi c’est la passion. Les gens qui ont commencé à faire du rap n’avaient rien, pas de public, pas d’oseille à la clé, ils ont fait ça par passion. Je pense que c’est la passion qui devrait animer tout MC. Moi ça me permet de vivre des choses que je n’aurais pas connues sans la musique. Tant que la passion m’anime, je continuerai. Le rap, je le prends comme un moyen de me remplir la tête et je le fais comme j’en ai envie, je vis ma passion comme je l’entends, à mon rythme.

Est-ce qu’il est simple de gérer, le boulot, la musique, l’écriture, la production…. Tout en faisant avec les moyens du bord… ?
C’est très difficile, avec mon équipe on essaie de nous organiser au mieux actuellement mais c’est dur pour tout le monde. On s’accroche.

Penses-tu que l’on est victime de l’époque et que l’on a tendance à s’égarer de plus en plus avec ce désir de possession surtout du matériel  avec tous ces besoins qu’on nous développe notamment ?  Je fais, bien sûr, référence à un thème abordé dans« rien nous appartient ».
« Rien nous appartient », c’est une manière de dire qu’on est peu de choses, et qu’effectivement rien ne nous appartient au final. Je pense qu’il y a une valeur assez importante : c’est l’humilité. Je vis  mon rap de la manière la plus saine possible et j’espère bien que ça va durer comme longtemps. Maintenant, vouloir posséder n’est pas s’égarer, c’est normal quelque part, on ne vit qu’une fois, faut se mettre à l’abri dans cette vie. Du moment que ce que tu possèdes sert à quelque chose et à ta famille en particulier…

L’album se termine par «  tourner la page », moi c’est le titre qui m’a fait le plus  kiffé. Un b.p.m. lent, dans ton rap un aspect technique se perd aussi aujourd’hui. et c’est le titre où tu t’ouvres le plus…… ?
« Tourner la page » c’est le morceau de fin, quelque part il tourne lui même une page en étant à la fin de l’album. C’est un morceau qui peut toucher tout le monde, on tourne tous des pages dans la vie, sur quelque chose, sur quelqu’un, sur une époque, ce morceau a touché des gens car il est très personnel et à la fois universel. Quand tu fais un album, il faut que tu te livres un minimum aux gens, il faut que les gens en connaissent un peu plus sur toi à la fin de l’album qu’au début. Ce texte, je l’ai écrit dans la durée, au fur et à mesure de la réalisation de l’album, comme un fil rouge, sur une magnifique instru de Drixxxé.

Oui, c’est Drixxxé qui avait produit « Choc frontal » (un titre qui a permis de faire connaître ton nom,) et c’est lui qui clôture l’album, est-ce une coïncidence ou pas ?
Oui, c’est une coïncidence, c’est vrai que « Choc frontal » mon premier solo, c’est Drixxé aussi qui l’avait produit et c’est lui également qui boucle l’album…je n’avais pas fait attention, j’espère qu’il y aura un autre album…..

Le mot de la fin?
« Le rap est bien vivant faut plus laisser le doute planer, cousin achètes mon disque et tu s’ras riche toute l’année ».

Retrouvez Flynt sur myspace: www.myspace.com/flyntmc