Gandhi – Garder les pieds sur terre

Rap, thérapie, Congo, Belgique, Point G : C’est l’univers de Gandhi, MC de Bruxelles. Décryptage avec le principal intéressé. Sans prétentions.

Gandhi

Peux-tu te présenter ?

Ca fait plus ou moins dix ans que j’écris. J’ai commencé a faire du rap quand je suis tombé sur le premier album des Sages Poètes De La Rue, et j’ai trop kiffé. J’apprenais et connaissais même les textes par cœur. Après je me suis dis  que ce serait bien que je fasse mes propres textes. Puis, je me suis associé avec mes cousins. Ensuite, je suis passé de groupe en groupe jusqu’à ce qu ‘en 2001 je décide de rapper tout seul. Le pseudo GANDHI est venu un peu après. L’année, j’ai sorti un projet  qui s’appelle « les préliminaires », c’est un street CD qui reprend un peu tout ce que j’ai fait  de mes débuts à maintenant, les morceaux « phares ».

 

Nous t’avons connu par rapport à ce street-CD d’ailleurs. Comment ce projet a pris forme ?

Je faisais les choses à droite, à gauche, j’avais plusieurs morceaux et dans ma tête je voulais sortir un album. Comme tout le monde. Puis il y a eu une équipe qui m’a « recruté » et qui avait des moyens pour pouvoir me mettre a l’aise, pour que je puisse faire la musique dans de meilleures conditions. On est donc partis sur un album. On a jeté pleins de morceaux que l’on a placé sur le street-CD, sur mixtapes. Ce n’est pas que ces titres n’étaient pas bons, c’est juste parce qu’il y avait une évolution et ils ne rentraient pas dans le cadre de l’album au jour d’aujourd’hui. Au final tout a été très vite, on a eu l’idée du street-CD courant janvier 2008 et le disque est sorti au mois d’avril de la même année. Le temps  de récolter les morceaux,de faire un ou deux clips, créer un buzz sur internet, c’était parti.

 

Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’élaboration d’un tel projet en indépendant?

Vraiment ce qui a était difficile pour moi, c’est de garder les pieds sur terre. Je suis quelqu’un qui ne manque d’idées, le fait de vouloir faire ci et ça, commencer ci et ça… parfois je me perds. Ça n’a pas été évident de centraliser toutes les informations parce que certains vont te dire de faire ci ou ça. Il faut prendre pleins d’infos pour foncer. A la fin sur toutes ces idées, il faudra en choisir une et foncer, c’est ça qui est difficile!

 

Tu aimes employer des images, des métaphores, surtout des phases bien précises afin de faire passer le message. Que représente Gandhi pour toi ?

Gandhi pour moi, c’est la personne qui a su faire beaucoup pour son peuple. Il avait une lutte et il a réussi à la  gagner grâce à la parole, sans employer les armes. Et pour moi, c’est exactement la même chose, j’ai un combat et je veux le remporter grâce à la parole. C’est notamment pour cela que j’ai choisi le nom Gandhi. Quand je dis que « j’ai le blaze d’un sage mais je ne vis pas comme un saint », cela signifie que j’ai pris le blaze d’un sage mais n’attendez pas que je sois comme Gandhi, car pour moi Gandhi avait sa vie, une destinée, moi c’est un autre truc!

 

Tu as vécu également en France, sur Paris. Est-ce que tu suis encore l’actualité du rap Français et son évolution?

Oui je suis, car ceux qui ont commencé ce sont les Français donc on leur doit bien ça. Je regarde un peu ce qui sort, je me tiens au courant. Mais en ce moment, je trouve que cela manque un peu de fraîcheur, ça tourne en rond, les albums se succèdent mais n’apportent pas spécialement quelque chose, une pierre a l’édifice. Il y a du mouvement, il y a des bonnes choses mais j’aimerai bien qu’on passe un peu à autre chose, à une autre vitesse…

 

Est-ce qu’en Belgique, tu ressens ce qu’il se passe en France, c’est-à-dire qu’il y un format radio type qui est mis en avant et qui influence…

Oui, pour passer à la radio ici, c’est la croix à la bannière. Quand tu passes sur radio, déjà  tu as énormément de chance. Et tu dois correspondre a un certain format! Tu ne peux pas arriver avec une musique comprenant de longs couplets, un refrain et des dédicaces à la fin. C’est vraiment 3 minutes voir 3minutes 30 grand maximum, avec couplet, refrain, couplet, bridge et ça passe même mieux quand le refrain est chanté!

 

Quels sont pour toi les avantages d’être en Belgique ?

En ce qui me concerne la Zulu Nation, je ne la côtoie pas plus que ça … mais l’avantage que je ressens d’être en Belgique, c’est que j’ai un regard extérieur par rapport à ce qui se passe en France. Parce que le game du rap francophone se passe en France et moi étant belge, j’ai un regard extérieur et je peux arriver sur le game français avec une force en plus, et c’est pareil pour n’importe quel belge, il arrive sur le marché avec une force en plus.

Et c’est un peu aussi ce qui se passe en France je pense, avec les artistes hors de Paris. Parce que, pour les gens, tout se passe sur la capitale, donc ceux qui arrivent de province, arrivent avec un autre œil, et donc peuvent taper les parisiens tranquillement.

 

Comment cela se fait que le rap belge n’explose pas en ce moment alors qu’il y a un vivier de talents, comment expliquerais tu ça?

Le problème se situe au niveau des médias. Il n’y a aucun média qui s’occupe de ça en Belgique, et même les quelques  radios qui passent du HipHop ne diffusent pas les produits belges, pourtant il y en a énormément qui sortent. A la télé tu ne verras jamais du rap belge. La dernière fois que j’ai vu du rap belge à la télé, c’était l’interview d’un rappeur qui avait la particularité d’être rappeur et flic en même temps, donc ils ont dit « ouais c’est chouette », ils ont montré ça à la télé et même aux infos. Le pire c’est que c’est un rappeur que je connaissais… Voilà, le truc c’est que si tu n’es pas flic et rappeur en même temps tu ne passes pas à la télé… C’est tout ça qui fait que la rap belge n’explose pas, il va falloir qu’un rappeur belge aille en France, s’expatrie, explose en France et revienne ici et là peut-être qu’on lui ouvrira certaines portes!

 

Comment s’est opéré le choix de tes invités pour Les préliminaires ?

Ça s’est fait à l’affinité, avec les gens qui étaient autour de moi et qui en voulaient, au coup de cœur aussi. Pareil au niveau des compositeurs. Par exemple Stromae, c’est lui qui a fait la première chanson du disque et c’est plus par affinité, il m’a envoyé des sons. On se côtoyait déjà depuis un certain temps. Il y a aussi mon équipe Efeline We Be et voila ça s’est fait comme ça!

 

Considères-tu le rap comme une thérapie de groupes pour ne pas déraper, ou tu pratiques cela comme un sport, tout simplement parce que tu sais le faire ?

Pour moi le rap, c’est une thérapie. Quand j’écris,  c’est vraiment thérapeutique, j’écris pour Dhiel. C’est pour ça que j’ai beaucoup de morceaux qui sont introspectifs sur lesquels je parle vraiment de moi, j’ai besoin d’écrire d’exprimer certaines choses. Quand j’ai commencé a écrire, ça n’avait pas vraiment la forme du rap, c’est au fur et à mesure quand je me suis plongé dans le rap. Je me suis dis voila, je sais déjà plus ou moins écrire donc il faut lui donner la forme du rap. C’est vraiment thérapie, thérapie, thérapie… Le jour où je n’aurai plus de bobos peut-être que j’écrirai moins bien, sûrement même je pense!!

 

Peux-tu me faire un top 5 afin de nous définir ton rap… voilà les mots : émotif, feeling, expression, fond, forme, mélancolique?

Feeling en premier puis émotif, mélancolique. Après fond, en fait l’un implique l’autre à chaque fois. D’abord ça se passe au feeling, quand je reçois une instru. La plupart du temps, il se passe un truc avec les instrus mélancoliques… Je ne le choisis pas. Et comme l’instru sera mélancolique, je vais devoir retranscrire une certaine émotion et voilà de fil en aiguille ça va amener le truc. Après il faut que l’émotion ait un certain fond, une certaine forme. Il faut que ce soit gai à entendre, pas juste un déballage, il ne faut pas que ce soit du Rhoff!!

 

Tu traites de la condition de vie de la communauté noire notamment celle des congolais, mais aussi de la communauté arabe. Il y a-t-il une prise de conscience des noirs, surtout des congolais de la situation en Belgique, ou Est-ce que les politiques belges travaillent bien l’oubli de l’histoire?

Ils travaillent très, très bien l’oubli de l’histoire. La colonisation du Congo par la Belgique, ça fait vraiment partie de l’histoire de la Belgique. Mais, en cours, on a parlé de ça pendant deux ou trois séances de 50 minutes. C’est surtout par le biais d’internet que j’ai dû m’informer. En Belgique à part le port par lequel arrivent certaines marchandises, il n’y a rien pas de richesses, alors que quand tu vois le pays comment il est, il y a quand même de l’argent. Quand tu vas aux USA, ils ne connaissent même pas la Belgique. Il faut savoir que beaucoup de richesses de la Belgique viennent du Congo, car ils ont pris là-bas des ressources minières, l’or , le diamant ,le cobalt, l’uranium, tout. Ce n’est pas un mal, car  il y avait une période où toute l’Afrique était colonisée, mais ce serait bien de le reconnaître historiquement. À Bruxelles il y a une rue qui porte le nom du Congo mais elle ne fait pas plus de cent mètres, il y a deux trois maisons dessus et puis voila, c’est pour dire la place que le Congo a dans l’histoire. C’est tout de même grave.

 

Quels sont pour toi les avantages du numérique et du net?

L’avantage pour moi, c’est qu’au jour d’aujourd’hui je peux vous rencontrer. Vous venez de Lille et moi de Bruxelles, on est venu vous trouvez, on a su que vous aviez une radio là bas, s’il n’y avait pas eu internet, je ne sais même pas par quel moyen je serai arrivé à Lille. C’est ça, l’avantage : c’est la communication. On arrive à être en connection avec plus de monde. Les gens qui ne sont pas signés en major, qui n’ont pas les moyens, rien qu’avec internet, ils peuvent se faire connaître s’ils sont bons artistiquement. L’inconvénient c’est pour les gens qui sont plus haut, eux sont des valeurs confirmés et ils veulent vendre. A partir de ce moment là, tout ce qui est sur internet ça peut être un moyen de faire de la pub mais en même temps ça peut être une occasion de moins de vendre un titre, ou un clip. Quand un morceau s‘échappe, ou quand un clip est prévu pour telle date mais il y a déjà un making-of qui tourne sur le net. C’est plus compliqué. Je pense qu’il faut canaliser la technologie, l’utiliser a bon escient, et en faire une arme plutôt que d’en être une victime.

 

Avec «  Les Préliminaires » tu as eu un très bon accueil, ça a bien tourné et ça tourne encore, est ce que ça te mets une pression pour ce que tu prépares pour la suite vu que maintenant tu es attendu au tournant ?

Oui , il y a une pression, mais je me la suis mise moi-même car mes titres sont assez prétentieux , tu vois le type arrive, il dit que son disque c’est « les préliminaires » et après il y aura « le point G », c’est genre il est trop fort et il va être encore plus fort. Mais, plus j’ai la pression et mieux je me donne au studio, mieux je me donne devant la feuille, etc. ça va, on la gère bien.

 

Peux-tu justement  nous parler de ton nouveau projet « Le point G » ?

Il faut savoir que dans « Les préliminaires » il y a beaucoup de choses qui sont différentes. Je voulais montrer au gens diverses facettes, différents styles, ne pas faire que dans le mélancolique et m’imposer sur des productions un peu plus lourdes, dirty south, etc. Le point G est au dessus. C’est encore un autre niveau, c’est comme une œuvre qui va s’inscrire dans différents chapitres, dans différents disques. C’est par tome. Et le tome 1, c’est « Le point G ». C’est un jeu de « maux ». C’est le premier album et je veux vraiment donner une vision introspective de moi-même. Je vais faire ce que je sais faire de mieux, c’est-à-dire parler de moi. Mon disque ce sera du Gandhi pur et dur.

 

Est-ce qu’on aura l’occasion de te voir sur scène bientôt en France ?

J’aimerai bien  je ne demande que ça! C’est une info qui est tombée, il n’y a pas longtemps, j’ai fait un show case et j’ai présenté certains des morceaux de mon album (Le Point G) ici en Belgique. On va faire la même chose en France. On va essayer de réunir un maximum des gens influents, faire des concerts gratuits, vous aussi vous serez invités. Ce sera ma première scène en France. En espérant que ce ne soit que la première d’une longue série !

 

Un dernier mot?

Rester à l’écoute de tout ce qui se fait, que ce soit moi ou pas, que vous aimiez ou pas, venez écouter avant de juger, ne fermez pas les yeux, ouvrez vos oreilles, et faites avancer les choses!

 

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