H-Man

La Voix du HipHop s’est entretenue avec le producteur Lillois, H-Man de (PARAZIT HOME PRODUCTION), au moment où ce dernier s’apprêtait à sortir son premier projet, « Kao-lition ». Introduction.

Depuis quand es-tu plongé dans l’univers de la musique ?

J’ai commencé jeune avec mes sœurs qui écoutaient de la bonne musique d’époque, comme James Brown ou encore Bob Marley, mais également avec des potes qui écoutaient du Marvin Gaye, Barry White…. De la bonne soul quoi !

Moi, j’ai commencé par la danse en montant un petit groupe de danse HipHop, ça a marché quelques années. Ça se passait dehors, on arrachait les pancartes publicitaires qu’on mettait par terre, avec de la musique, et puis on breakait. Puis,  il y a eu le service militaire. Quand je suis revenu, je n’ai plus revu les anciens et de là j’ai suivi un chemin qui était tout autre, il fallait chercher du travail… des trucs comme ça ! J’ai galéré un petit peu, j’ai zoné puis j‘en ai eu marre, il fallait que je fasse quelque chose. Il y  avait toujours la musique avec mon frère Hugues, DJ On, qui était dedans, ça a permis que je m’y mette. Donc, j’ai utilisé son matos, j’ai essayé de me prendre la tête dessus. Au début, ce n’était pas  pour  les MCs mais pour mon plaisir personnel. Mon frère me remplissait des cassettes d’instrumentaux et comme il n’y en avait pas tant que ça,  c’était avec des paroles en anglais et  je ne comprenais pas. Moi, ce qui m’intéressais, c’était plus  les instrus, comme c’était assez restreint, je me suis mis à les faire moi-même.

 

Peux-tu nous présenter ton premier projet ?

J’ai commencé à faire écouter les productions autour de moi. Des personnes ont accroché, donc ça m’a motivé pour faire mon premier projet. J’avais aussi des choses à dire, mais comme je ne posais pas, j’ai rencontré des gens qui disaient des choses sur lesquelles je me reconnaissais, c’est ce qui m’a poussé à le faire. De là est né donc PHP – Parazit Home Production, mon domaine de production – et mon projet KAO-LITION, kao (car on est tout  meme en plein chaos dans cette période du cycle) au lieu de coa, un petit jeu de mot avec coalition parce que c’est aussi la rencontre de plusieurs styles de rap, plusieurs personnalités, plusieurs sensibilités différentes, c’est à  dire Kermiargola, Ivy, Humanoweed (Paranoyann et Mr Alcolova) et DJ Asphalte pour les scratches,dans mon univers musical. Le tout sur 12 titres animés d’interludes, d’ambiances, entre quasi chaque morceau.

 

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées?

Au début, c’était le matos, le brancher, le connaître. Mon frère m’a expliqué comment l’allumer, comment sampler, comment faire une boucle. Après, il fallait aller plus loin… il ne voulait pas tout me dire, donc j’ai passé du temps seul à apprendre la technique. En travaillant la technique, les samples, on découvre comment est faite la musique, et tout doucement l’artistique se met en place. C’est surtout la maîtrise de la technique qui est difficile.

Pour ce qui est de la réalisation du projet, les difficultés, ce sont les tunes ! (Rires), c’est le problème de tout le monde. Mais sinon, c’est toujours la technique, la musique, parce que j’interprète les choses comme du custom, c’est comme si je customisais, d’autres prennent une voiture ou une moto et l’arrangent à leur façon. Moi, je prends un sample, je l’arrange à ma façon, donc les difficultés sont plus d’ordre technique, avoir le bon matériel : le sampleur et le séquenceur ne sont pas les plus importants, le plus important c’est la bonne console et les bons effets. Et puis après maîtriser ce même matériel.

 

Comment se sont faites les rencontres avec les invités dans PHP  ou plutot dans le projet KAO-LITION?

Les invités sont Mickey aka Kemiargola anciennement La Fronde, plus anciennement Ultime Paradoxe… Ivy du Cercle des vicieux, (qui débarquait le dimanche à 14h00 lorsque je dormais (rires))… Hamidou qui aimait bien ce que je faisais. Quand j’ai eu l’idée de faire mon projet, il était là et contactait les MCs chez lui et là j’ai rencontré Paranoyann d’Humanoweed. Mais les prods, ce n’était pas encore trop ça, il n’ accrochait pas vraiment … mais Hamidou m’a fait écouter une production avec Ivy dessus et j’ai accroché et je t’ai contacté et invité sur mon projet. J’ai invité aussi Kemiargola, on se comprenait bien, Paranoyann et Mr Alcolova d’Humanoweed que tu m’as présenté. ou représenté …

 

Par rapport à la production, que penses-tu avoir apporté aux MC présents ? A l’inverse, qu’est-ce que tu penses qu’ils ont pu t’apporter ?

Je ne sais pas si j’ai pu leur apporter quelque chose ! (Rires). Ce qui est sûr, c’est qu’avec les invités, les MCs, c’est une sorte d’échange, en fait, des sensibilités différentes, des points vus différents. Donc, le fait de discuter m’a permis de voir des choses que je ne voyais pas comme ça. Après au niveau du travail, avec Humanoweed pour la production, le groupe s’est pris vraiment la tête sur mes intrus. Les relations humaines m’ont apporté aussi quelque chose ! La découverte des mixes… toi aussi Ivy, ta façon de penser, tu es quelqu’un de vrai qu’on ne rencontre pas tous les jours. Les choix et les sons que vous écoutez, m’inspirent également, comme les choix des instrus notamment d’Humanoweed ont permis que je laisse mon imagination agir. C’est vrai ça m’a apporté plus de sûreté  dans des prods assez spéciales…..par exemple….

 

J’ai écouté et participé au projet. J’aimerais savoir comment tu définirais ta musique, tes prods, parce que l’on sent une touche personnelle avec pas mal de composition et ta musique est très ambiancée. Quelles sont tes influences musicales ou cinématographiques?

Mes influences musicales sont vastes, j’ai commencé par la soul, la funk, le reggae, j’écoute aussi du commercial qui passe à la radio et avec lesquelles j’accroche. Les productions de Chicago de l’époque, les premiers Public Enemy, Afrika Bombaata, Grand Master Flash, Eric B & Rakim. J’ai écouté aussi du Cure, Charles Aznavour, de la musique classique, et Gainsbourg. Puis du rap, Les productions du  Wu-Tang Clan me motivaient et j’avais l’impression que je pouvais le faire ce qui rendait la chose facile d’accès, mais bon quand tu t’y mets, tu t’aperçois qu’il y a du travail ! Il y a eu aussi EL-P qui a marqué un tournant, j’ai bien aimé les prods, c’était vraiment sombre, bien décalé, après les MF Doom, Madlib, Quasimoto. Au niveau cinématographique, il y a les films de Tarantino, Sergio Leone, Jim Jarmusch, les sons de Ennio Morricone ou encore Lalo Schifrin …..et d’autres sûrement….

 

A l’heure actuelle, il y a une grande partie du rap qui tourne en rond, peu de créativité et beaucoup de production aseptisée, on habitue les gens à un certain format, mais avec ton projet à priori avant-gardiste, penses-tu que les gens y sont préparés ?

Je ne me pose pas trop la question. Je fais ce que j’aime, j’essaye d’être vrai dans mes productions et n’essaie pas de mentir. Les personnes qui pensent comme moi vont se retrouver dans ce que je fais.

 

Sous quel format comptes- tu communiquer ta musique et comment ?

Mon projet sort sous la forme de CD. En ce qui concerne la communication, j’ai fais appel au collectif Hip Hop Survivors, qui va se charger de la promotion. Et pour les 100 premiers acheteurs, ils auront droit non seulement à mon KAO-LITION de PHP mais aussi à un second CD bonus « A quoi ça rime » de Humanoweed…

 

Internet est devenu un outil, un moyen de communication incontournable, d’ailleurs une communauté qui s’appelle myspace.com est en train de s’agrandir. Vas-tu exploiter ce filon ?

Oui, parce que j’aime accéder à la musique gratuitement donc si on peut accéder à ma musique gratuitement, ça pourrait permettre qu’un maximum de personnes puisse m’écouter. Pour myspace.com, j’y suis assez retissent pour l’instant.

 

Sur le terrain comment comptes-tu défendre ton projet, par des tournées radio, des showcases ?

J’aimerais bien faire des tournées radio, des showcases, mais comme sur mon projet il y a des invités tels que Ivy, Kemiargola, Humanoweed, il faudrait qu’on mette ça au point ensemble. Pour ce qui est de Mickey, ça m’étonnerait qu’il veuille bien participer à la promotion, pour certains des invités, ça s’arrête juste à une collaboration artistique sur le CD.

 

*Il y a t- il des morceaux que tu penses mettre en avant, notamment dans des clips vidéo ?

C’est compliqué, j’aime tous mes morceaux (rires). Comme, il y a des invités sur différents morceaux, je ne peux pas  mettre des personnes plus en avant que d’autres. Il y a 20 morceaux, dont 12 posés, le reste, c’est uniquement des interludes.

 

Quel est ton point de vue sur l’évolution de la musique sur la région? Y prêtes-tu attention ? Si oui, il y a t-il des groupes, producteurs qui, dernièrement, t’ont surpris ?

Pas spécialement. Au niveau des productions, je ne connais pas tout  le monde, mais du peu que j’ai entendu, j’ai été franchement déçu, lors de la spéciale «Rap du Nord» sur Skyrock, sur 1h20 d’émission, il n’y a eu que quatre productions que j’ai aimé, notamment celle de Pépite  des Malfaiteurs, mais pour lui je savais déjà qu’il travaillait sérieusement, celle de Mickey, j’ai vu son spectacle, j’ai acheté aussi son CD et j’aime bien ce qu’il fait, il se détache du rap conventionnel il va nettement plus loin.

 

Peux-tu nous faire un classement des trois dernières productions d’album qui t’ont mis une claque ?

C’est compliqué… mais le premier qui me viendrait à l’esprit récemment, c’est RZA et toutes les écoles qui ont découlent EL-P, MF Doom. Un autre qui m’a bien amusé, celui de Pharrell Williams, après il y en a d’autres que j’ai en tête mais je ne connais pas le nom des artistes, mais je pourrais citer des labels du genre Stax, Philadelphia.

 

Au niveau des productions, dans ta façon de travailler, travailles-tu toujours en cercle restreint ou es-tu ouvert à toute proposition notamment pour ce qui est de la collaboration ou même proposer tes services à d’autres MCs ?

J’étais ouvert, mais maintenant je me ferme de plus en plus. Plus ça va, plus je me retrouve dans quelque chose et donc je me sens bien. Pour l’instant je n’ai pas besoin de plus et tout ce passe très bien comme ça.

 

Le mot de la fin ?

J’espère qu’il n’y aura pas de fin.