Kose 2 jours

La Danse HipHop dans la région? Roger, de l’association Kose 2 jours, en sait quelque chose. Points de vue.


 

Peux-tu te présenter ?

Je suis Roger, membre fondateur de l’association Kose 2 jours basée dans le Vieux-Lille. Je suis passé par une maison de quartier où je donnais des cours de danse et puis par la suite j’ai essayé d’ouvrir une association dans le quartier. J’ai saisi l’opportunité de prendre une salle au foyer de jeunes travailleurs, rue de Jemmapes à Lille.

Qu’est-ce qui t’as ramené à la danse ?

A l’époque, on touchait à tout, c’était le HipHop et ses premiers balbutiements…donc on délirait plus qu’autre chose… je rappais, graffais, dansais un peu, je suis passé par le fanzine Kose 2 jours aussi en 1995. De là, après la maison de quartier, il fallait que je développe d’autres activités donc je me suis mis à fond dans la danse. Cela fait 6 ans maintenant que je bosse dedans.

Qu’est-ce que la danse t’apporte au quotidien ?

La danse m’apporte calme, sérénité, le travail de soi-même. Le respect pour mon corps, des choses de la vie et des gens autour de moi, c’est la partie de la danse qui m’a attiré le plus dans le hip hop, c’est le contact, le feeling qu’il est possible de retranscrire dans n’importe quelle discipline, mais j’ai vraiment accroché avec la danse.

Comment évolue Kose 2 jours à l’heure actuelle?

Nous avons des créneaux pour des cours dans notre salle. A côté de ça, on s’entraîne pour nos chorégraphies afin d’émerger à l’extérieur. On fait  notamment des battles et des compétitions de danse dans lesquelles on se fait connaître.

Peux-tu nous décrire ton association ?

L’association en elle-même est là pour toutes les personnes qui veulent partager, pratiquer du HipHop et connaître le club. On travaille en ce moment avec mon pote Nordine qui mixe du ragga, de la  dancehall, dub et jungle pour faire une création scénique. On ne se limite pas qu’à la danse.

Beaucoup de cours de danse HipHop sont proposés et lorsque l’on voit les prestations, on se rend compte que tout se ressemble, on s’éloigne des origines de la culture, comment à ton avis on en est arrivé là? Est-ce un manque de créativité ou est-ce l’uniformisation de la danse ?

Je ne pense pas que ce soit un manque de création. On retrouve beaucoup de nouveaux styles de  danse qui apparaissent dans le HipHop qui sont plus travaillés. Mais, c’est vrai que ça va dans le sens de l’uniformisation parce que les pas sont corrects artistiquement mais il manque une touche qui montre que la chorégraphie se différencie. Mais ça vient aussi de l’état d’esprit des groupes…comment le truc est pris à la base.

Avez-vous une spécialité niveau danse ?

Non. C’et justement ce qui fait notre force, on n’a pas de spécialité vraiment requise… On va dans tout parce que c’est le message du HipHop tout en gardant ses racines. Moi j’ai grandi avec des gens qui écoutaient du Dépêche Mode, ma grand-mère écoutait de la soul. Nous n’avons pas de barrières par rapport à ça.

Peux-tu me faire un top 3 des styles que vous développez : passion, compétition, performance, esthétique, originalité ?

1. Passion, 2. Originalité, 3. Compétition.

 

Penses-tu que la région a un fort potentiel, vu le nombre de groupes présents ?

Oui. Mais après ça reste uniformisé. Il n’y a pas assez de groupes qui se détachent. Tout le monde reste focalisé sur Paris tandis que nous, on a réussi à faire le deuil de la capitale. Beaucoup  pompent le style parisien et ne font pas l’effort de ramener leur touche. Moi, je vois plus la danse HipHop comme un échange…notamment entre les b-boys de coins différents.

Vous avez participé à pas mal de compétitions, quel est ton meilleur et pire souvenir ?

Le battle Nomade place de la Bourse à Lille, pour moi c’est le pire parce qu’il y a eu de la triche…et j’ai compris la leçon… Le meilleur a été à Paris, c’était vraiment HipHop, c’était un échange intensif avec du monde venu de partout. On fait des compétitions pour montrer que c’est accessible, pour inciter les gens à échanger. Il ne faut pas se contenter de regarder les danseurs.

 

Je trouve que la danse HipHop vire de plus en plus à la gymnastique, il n’y a pas assez de lockeur, qu’en penses-tu ? Il y a t-il une différence au niveau battle entre Lille et paris ?

Oui. Il y a des groupes comme le 59 crew qui assure, qui dégage un bon feeling. Ils ont de la performance. Tu retrouves de la danse… Il y a une grosse différence, à Lille c’est plutôt de la performance, et ça reste street. C’est du copié collé, ce n’est jamais en mouvement. Il y a un gros problème de musicalité.

 

Il y a une séparation flagrante entre ce qui aime la danse hip hop et ceux qui estiment être dans le HipHop avec pour arme la danse ? Comment ça se passe donc avec tes élèves ?

Je sais que tout le monde n’a pas les mêmes attentes, tout le monde n’a pas la même image du HipHop. Certains ont des idées bien arrêtées. Donc dans l’association, on fait un travail de remise à niveau, où l’on discute du HipHop. On essaie de leur faire découvrir d’autres disciplines de cette culture. Nous sommes mélangés, on travaille avec tout le monde, des Sound Systems, des groupes de rap, des graffeurs.

Est-ce plus facile aujourd’hui de transmettre ta passion ?

Non. Les jeunes restent les mêmes sauf que les codes changent. Mais j’essaie de m’adapter à eux et d’adapter le code du HipHop aussi à eux. Donc au final, chacun s’y retrouve.

Quels sont tes projets futurs ?

On va produire un spectacle d’une heure en septembre, une adaptation HipHop de Roméo et Juliette, sous forme d’une compagnie de danse mais à côté, on développera du graff, du DJing, dans le même spectacle. Sinon, on organise toujours des battles, on projette de faire un calendrier de battles.

Est-ce que c’est facile de trouver des salles pour faire des représentations dans la région ?

Il y a des portes qui s’ouvrent vu que le HipHop est médiatisé. On a fait une prestation de 10 minutes au Zem théâtre, pour une journée découverte. Il y a de plus en plus de manifestations HipHop niveau danse dans les salles, comme le festival Juste Debout, les qualifications du Battle of the year au Palais St Sauveur, par exemple.

Est-ce que tu vis de ta passion ?

Non. Je dois encore joindre les 2 bouts, il faut gérer l’association, la paperasse, les cours, les intervenants, mais à côté de tout cela, le gros kif c’est que le travail accompli se retrouve sur scène.

Le mot de la fin ?

Tout ce que l’on fait ce sont les générations derrière qui vont en hériter donc faisons du bon taff  et que la danse HipHop soit au top.