Pépite

Vous l’avez peut-être déjà vu sur scène, vous l’avez peut-être déjà entendu sur un CD, vous l’avez même peut-être déjà croisé dans les rues de Lille. Mais vous vous demandez peut-être qui il est… Pépite, parce que, c’est de lui, qu’il s’agit, est aujourd’hui, une valeur sûre du HipHop régional, mais demeure méconnu pour la majorité des gens. La Voix du HipHop l’a rencontré. Découverte.

Pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu présenter et faire un rappel de ton parcours?

Je suis Pépite du groupe, Les Malfaiteurs. Je viens de Lille et plus précisément du boulevard de Metz, faubourg de Béthune. Je suis dans le mouvement depuis pas mal d’années. Notre parcours a été long, ça fait plus de 10 ans que nous sommes dedans. Au début, c’était un truc entre potes, rien de sérieux. Puis, on s’est sentis vite attirés par le mouvement HipHop que ce soit la danse, la musique, ou l’écriture. Puis pas à pas, on a commencé à danser pour des rappeurs, notamment le groupe Combat Sans Merci. En travaillant avec eux, il arrivait qu’on s’amuse à prendre le micro, et ils nous encourageaient à le faire. Donc, on s’y est mis. On a fait ça dans l’ombre pendant 2, 3 ans. Puis on a rencontré différentes personnes et on a fait des scènes tel que le Rockline, pour ceux qui ont connu, et toutes les caves du coin. On avait des associations comme Papsoon Wazz avec Mic Mac qui organisait à l’époque des scènes. On a travaillé ensemble et on s’est retrouvé sur scène à faire monter le buzz. Le buzz a monté en 1998 jusqu’à aujourd’hui encore, même s’il reste underground. En ce qui concerne notre parcours, on a eu quelques apparitions sur des mixtapes, des compilations et à côté, on créait nous-mêmes des street-tapes en attendant les albums. On a fait les Voix du Sous-Sol vol.1 et vol.2, un M al pour un Bien, un nouveau venu dans les bacs « N’oublie pas » dans lequel des jeunes posent dessus. Là, on prépare l’album de Pépite, il y a encore une autre street-tape qui arrive « Un bien pour un mal, vol. 2 ». Donc, on est productif quoi !

 

Tu as eu l’occasion de faire pas mal de concerts et des premières parties. Qu’est-ce que le live a pu t’apporter et pourra encore t’apporter ?

Personnellement, j’ai connu le HipHop grâce à la scène, aux vibrations du public, parce que c’est ça la musique. Et franchement, je ne sais pas si j’aurai eu le même état d’esprit en ayant connu le studio avant. Parce que pour moi le HipHop, c’est un micro, une platine, du son et des gens. Pour moi, tout part de là. Et c’est sur scène que je me sens le mieux. On a parcouru la France, Lille, Paris, Bordeaux, Toulouse, Poitiers, Marseille, Sedan, Nantes, nous avons joué au bled et également quelques dates en Belgique, notamment dans les grandes salles comme « l’ancienne Belgique ». A Lille, pour ceux qui ont eu l’occasion de nous voir, on a joué à l’Aéronef, au Splendide, au Zénith.

La scène c’est ce qui donne envie de continuer, c’est aussi un aboutissement. Quand tu fais des titres, tu sens une vibration, tu la dégages en direct et c’est là que le rapport se fait. C’est du vrai, il n’y a pas de double piste, on ne masque rien : tu sais ou tu ne sais pas !

 

Que penses-tu du public de la région par rapport aux autres régions quand tu joues en live ?

Ça le fait à Lille ! Après étant donné que l’on a beaucoup bougé, il y a des villes où il n’y a jamais de rap donc dès qu’il y a un concert, ils sont tous excités, forcément ce sont des bonnes vibrations. Ici à Lille, les gens ont l’habitude d’aller dans les concerts à la limite même gratuitement, donc la vibration est certes différente mais elle reste bonne. Vu que les mecs ont l’habitude d’entendre du son, tu cartonnes : Ils sont là, si c’est pas le cas et bien tu remballes. C’est ce qui fait la saveur et la différence à  Lille. C’est d’ailleurs comme à Lyon, on m’avait dit de faire attention parce que il y avait 1500 personnes dans la salle et lorsque l’on est monté sur scène, on a tout cramé. Cela dépend donc de ton état d’esprit, de ce que tu dégages et de ton message!

 

Il y a t-il une communauté HipHop assez forte à Lille pour soutenir un projet ?

Pour moi, il y a du monde : des gens qui écoutent, qui pratiquent, qui achètent. Après, ce sont des catégories différentes des fois. Parce que dans le HipHop il y a des puristes qui viennent voir vraiment du HipHop avec un vrai message. Puis, il y a le rap commercial qui attire beaucoup plus de monde mais l’on peut des fois retrouver ces deux catégories réunies et le but est d’essayer de mélanger les 2. Il y a un putain de truc méchant à faire, c’est un phénomène massif, on est la deuxième région à consommer du HipHop. Le problème, c’est que ça ne décolle pas. Il y a des artistes avec des forts potentiels artistiques mais sans structure on peut aller nulle part.

 

Quels avantages il y a t-il d’être à Lille et quels en sont les inconvénients par rapport à la capitale ?

L’inconvénient est que Lille est riche et n’a pas encore fait ses preuves. Et même s’il s’y passe de trucs, un moment donné il va falloir passer à la cinquième vitesse et prouver de quoi on est capable,  et le niveau que l’on peut apporter. Parce que les gens savent bien qu’à Lille ça bouge il y a des MCs qui déchirent et qui ne sont jamais sortis mais des structures manquent : il n’y a pas une seule maison de disque, pas de distribution. Il n’y a qu’un petit réseau underground…encore ça, c’est lorsque les gens ne se bouffent pas la gueule. Beaucoup n’ont rien compris au film, au lieu d’avancer avec tout ce que l’on peut avoir chacun de notre coté et fournir quelque chose d’essentiel, et le partager puis progresser…Dans tous les cas, personne ne nous attend vraiment et ça aussi ça peut être un avantage.

 

Peux-tu nous donner ta vision du mouvement et comment te vois-tu évoluer ?

Pour moi, l’évolution du mouvement du HipHop n’est pas toujours positive, ce qui a de bien c’est que le mouvement est accessible à tous. Ça se commercialise. Si tu as un message positif à faire passer, il y a de la maille à ramasser pour les mecs comme nous, qui aiment faire du bon son et ce qui nous plaît. Mais il y a un moment où il va falloir s’adapter dans l’atmosphère, dans ce que tu écris. Le rap, c’est quoi ? C’est une palette de synthétiseurs, on peut faire du son avec n’importe quoi alors que nous on se cassait la tête à travailler sur des machines à lampes, sur des vieux grains. Maintenant le HipHop, c’est tout et n’importe quoi : Tu peux caler ce que tu veux ça rentre, tu peux chanter sur ta chaussette ça rentrera et le problème c’est que tout le monde va kiffer. Il faut savoir se placer entre les 2. Moi personnellement, je suis Underground et je ne dis pas que je ne vais pas sortir de l’underground parce que ça me ferait plaisir que ma musique aille le plus loin possible. Elle n’a pas de frontière mais il faut faire des concessions et c’est ce qui est dommage, parce qu’à la base, la musique n’est pas faite pour faire des concessions mais pour faire ce que l’on aime et le partager.

 

Qu’est-ce qui t’as donné envie et motivé à la base ?

A la base, ce sont les anciens. A l’époque, j’avais quelques vinyles, tout ça, avec dj SAS qui  était la base, déjà à fond dans le graff et avait des platines. Mais moi, j’étais une tête de mule, je voulais juste voir ce qui se passait  autour de chez moi, écouter le rap français : les premiers Assassins, les premiers NTM, c’est ça qui m’a donné envie de faire quelque chose, quelque chose de positif avec peu de moyens, c’était HipHop. Donc ça me poussait à écrire, à me mettre dans le mouvement, à me cultiver et surtout à en faire un truc positif.

 

Quelles sont tes influences?

Elles varient. Au niveau américain, je suis plus du style à écouter des labels indépendants, j’aime bien les MCs comme Defari ou Rasco. Je respecte aussi tous les mecs qui cartonnent en ce moment comme The Game, tout ça. Après j’essaie de rester ouvert, j’ai plein de trucs à l’ancienne, pour ne pas mentir je n’ai pas de nouveaux vinyles. Les derniers datent de 2000, mais bon, il faut s’adapter, écouter ce qui sort aussi, évoluer.

 

Et tes inspirations en tant qu’artiste ?

C’est la vie de tous les jours, tout ce que je peux encaisser au quotidien. Je m’inspire de ce que j’ai envie de dire, il n’y a pas de limite à mon inspiration, ça peut partir d’un mauvais sang, d’un truc positif, ou d’une dénonciation, d’un truc qui me travaille la tête et directement j’écris. J’essaie de ne pas me mettre de limites, pour ne pas trop rester enfermé dans une bulle. Parce que l’inspiration, si tu  ne la maîtrises pas, tu écris souvent les mêmes textes. Donc l’inspiration, c’est plusieurs facettes de moi-même que je développe.

 

Comment te classerais-tu par rapport à ces 6 mots pour définir ton style ? freestyle, fond, forme, performance, flow, technique.

Je ne sais pas. Moi personnellement, ça sort du fond. Je suis opérationnel partout pour freestyler. Pour le flow, j’essaie d’être le plus fluide et le plus tranchant possible. La performance, c’est d’aller au-delà et d’être créatif et que ça pète. J’essaie de développer toutes ces facettes là, il ne suffit pas de savoir écrire pour être un bon rappeur ou encore d’avoir la rime qui casse ou bien de venir de la zone. Si tu n’as pas de flow, de charisme, ni de vécu, ce n’est pas la peine ! Un MC c’est un tout. Moi, tout m’intéresse dans le rap.

 

Ta définition du rap, si tu dois la faire courte?

C’est aller de l’avant.

 

Quelles différences fais-tu entre Pépite des Malfaiteurs et Pépite en solo ?

Quand je suis seul, je suis à 100% et quand je suis avec Malfaiteurs il y a 50% de mon pote Bibouh et 50% de moi que je développe. Quand je suis en solo, je développe tout ce que tu viens de me dire : technique, flow, etc. Je suis plus libre et je fais ce que je veux.

 

Peux-tu nous parler de ton projet solo ?

J’ai un projet d’album solo qui s’intitulera « Délit de survie ». Il y aura une quinzaine de titres avec parfois des featurings. Il y aura la famille ainsi  que des grosses surprises. J’espère que le public sera content et en aura pour ce qu’il veut.

 

As-tu déjà une idée des termes abordés ?

On en reparlera si tu veux un peu plus tard, parce que là on peaufine et retouche le projet en studio et vu que l’on a plein de morceaux et featuring qui ne sont pas encore sortis donc je sors un street album  avant où je produis moi-même les sons : je compose et crée les beats, le tout est mixé avec le DJ. Le street album arrivera fin mars en attendant l’album qui suivra fin septembre/début octobre, Inch Allah.

 

Malgré les moyens qui manquent, comment montrer qu’il y a des choses à faire ?

Pour développer ce que tu veux faire, il y a différentes possibilités et pour les mecs de la zone, il y a un système mis en place. Il y a des gens qui mangent autour de nous depuis des années. Il faut se réveiller, et arrêter de se lamenter ou cracher sur les uns et les autres. Il y a de l’argent  à prendre et à aller chercher… On peut se mettre en association ou en label, etc. Chacun sa méthode pour se faire entendre, le tout c’est de bien le faire, se donner les moyens, tant que ça reste positif.

 

Penses-tu qu’il y a un manque de maturité dans la région ou contraire qu’on y est arrivé ?

Maintenant, c’est toute une facette de jeunes artistes qui débarquent, qui sont là seulement depuis 3 ans et qui se mélangent à nous en prétendant qu’ils sont là depuis 10 ans, voire ils s’inventent des histoires. Personnellement, dans le 59, il y a des putains d’artistes qui déchirent, cependant ce n’est pas à moi à faire leur promo. Moi, je marche avec mon équipe c’est-à-dire Malfaiteurs, Bibouh, Melja le coiffeur, BDC, Alarash click, Lukess, Fika.. J’écoute ce qui se fait, c’est vrai que ça reste immature tout de même, beaucoup de merdes, mais bon, il y en a pour tout le monde.

 

Est-ce qu’à l’heure actuelle, c’est possible de vivre de sa musique tout en restant intègre ?

Il y a ceux qui retournent leur veste, ceux qui évoluent et qui ont toujours le même état d’esprit et qui s’adaptent à une façon d’amener les choses. C’est vrai, il faut s’adapter mais pas jusqu’à aller baisser son froc…non….

 

Tu dirais quoi à un jeune qui voudrait tout lâcher pour le rap ?

Eh bien que ce serait la connerie de sa vie ! Mais pour cela, il faudrait parler aux jeunes, nous sommes ouverts et prêts à les écouter. Il faut évoluer tant que c’est positif.

 

Quel est le dernier album américain qui t’as mis une claque ?

J’ai écouté ce qu’il y a de recents notamment  le dernier Nas et il n’y a pas de grande claque à se prendre, respect à ces mecs parce-que ce sont des pionniers mais j’essaie d’écouter et d’apprécier mais il n’y a rien vraiment qui me choque, maintenant ça fait 10 ans que l’on fait du son et s’il y a quelque chose qui peut me choquer c’est que le mec arrive d’une autre planète et qu’il a pondu un son extra-terrestre maintenant tout est pareil se sont des samples qui ont été samplés 15 voire 20 fois ac les memes synthé utilisés par contre j’ai écouté dernièrement un son à l’anciennede Mugs  remixé de GZA… Et ça m’a fait plaisir sinon récemment rien de m’a choqué ! Pour le rap français…. il y a l’album de Melja  le coiffeur, l’album de Pépite, Bibouh, Alarash Click…. sinon le seul qui reste dans ma tête c’est celui d’Ideal -J.

 

Est-ce que tu te souviens du premier album qui t’as mis la santé ?

Ca devait être du Public Enemy ou du KRS One… Mais le groupe qui m’a ouvert l’esprit en France et qui m’a poussé à l’écriture est Assassin, qui était engagé politiquement. Il ne s’arrêtait pas aux quartiers de France mais aussi aux problèmes externes…le mec parlait de tout ce qu’il avait dans le cœur… En France, je n’étais pas trop Marseille mais plutôt centré sur Paris. Et pour les USA, j’étais plutôt East-Coast, attiré vers le son  New-yorkais. Quand le premier LP du Wu-Tang Clan est arrivé, un vrai bordel bien organisé, ça m’a vraiment boosté…

 

Mis à part ton projet solo, quelle est ton actualité ?

Il y a la compilation de mon pote Bibouh, « N’oublie pas», – réunissant un réseau de jeunes avec lesquels on bossait chacun de notre coté et que l’on a réuni dedans en une quinzaine de titres –  est dans les bacs. C’est un truc du secteur avec plein de petits jeunes qu’il faut soutenir parce qu’il y a du niveau, même si les moyens sont faibles. Il y a aussi «Rap véridique» de Melja, un street-CD dispo dans son salon «143 rue Jules Guesde à Wazemmes», au Boulevard de Metz également pour ceux qui veulent se le procurer. Sinon,  on pourra me voir sur HipHop59 un projet de Dj Amor, Senor Karo et Shiva, puis sur mon street-CD qui va arriver in challah…

 

Le mot de la fin ?

On arrive doucement avec l’aide de Dieu, on est là, on a du bon son. J’aimerais faire une dédicace à tous les activistes, à tous les gens, peu importe d’où ils viennent, peu importe leur couleur de peau. A tous les gens qui font du HipHop, il faut continuer à faire des choses positives, en gros faire les choses bien pour avancer.

 

Pépite sur myspace :

www.myspace.com/pepite59000