Lino : « Il est important d’avoir quelque chose d’original pour sortir du lot »

La moitié du groupe Ärsenik revient avec un nouvel album, « Requiem ». La Voix du HipHop s’est entretenu avec le MC de Villiers le Bel, sur ce projet mais aussi sur son évolution en tant que MC, entre autres.

Mr Lino, celui qui «prend ses balles dans l’alphabet», actuellement, comment tu te définirais en 5 adjectifs et pourquoi?
Je ne me définis pas. C’est trop abstrait. L’art, c’est quelque chose que j’ai déjà du mal à expliquer. Alors me définir avec des adjectifs ? Non. Les autres peuvent me définir par contre. Parce que moi, j’aurai du mal sinon…

Requiem, ton nouvel album, est sur le point de sortir. Pour l’instant on peut déjà avoir un bel avant-goût avec 3 titres «La 12ème lettre», « VLB » et puis dernièrement «Wolfgang». 3 clips très aboutis, 3 ambiances que seul Lino peut créer, 3 imageries différentes, 3 productions également de Suther Kane Films. Est-ce qu’il y a une volonté d’avoir une identité visuelle comme sonore bien distincte ? Ou est-ce qu’il y a autre chose ?
Le pari était de travailler l’image et d’avoir une certaine originalité. J’aime bien le cinéma et je voulais avoir quelque chose qui détonne un peu du clip classique rap. On a travaillé dans ce sens là.
L’image est devenue quasiment plus importante que la musique aujourd’hui. Les plus jeunes n’arrivent pratiquement plus à écouter un morceau sans l’image qui va avec. Nous ne sommes plus dans les mêmes configurations, donc il est important d’avoir quelque chose d’original pour sortir du lot.

Dans quel état d’esprit as-tu abordé ce nouvel opus Requiem, je permets de te poser cette question en pensant aussi Radio Bitume, un album que tu n’as pas validé, je crois ?
Ce n’est pas la même chose que Radio Bitume. Et ce ne sont pas les mêmes enjeux. Pour moi, Radio Bitume, c’était plus une mixtape, des titres que je voulais mettre en avant pour montrer ce que je faisais à l’époque… Je n’avais pas de gros enjeux pour Radio Bitume. Mais le fait qu’il a été sorti un peu à la barbare, m’a poussé à rétablir un peu le truc en disant que je ne validais pas parce que c’était un peu bordélique. Requiem est un véritable album. Alors que Radio bitume, c’était donc plus une succession de morceaux d’une mixtape.

Qui sont les Beatmakers ou les concepteurs musicaux qui signent les productions de Requiem?
J’ai beaucoup de jeunes qui arrivent. Ce sont des jeunes qui gravitent autour de nous.

Ma définition du HipHop ? Césaire disait «Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir». J’avais repris cela en disant, «la voix des malheurs sans voix». L’idée est la même.

Qui sont les invités conviés à te rejoindre au mic, on sait déjà qu’il y a T-killa notamment sur le titre «VLB». D’ailleurs selon toi qu’est-ce que les featurings sont sensés apporter à ton œuvre Requiem ?
Quand j’appelle un mec pour un featuring, déjà, c’est parce que je l’aime bien. Le featuring est une plus value pour le morceau. Si je fais appel à un chanteur ou une chanteuse, c’est pour « upgrader » le morceau. Je ne vais pas chercher quelqu’un juste parce qu’il a le buzz du moment.

On peut dire que depuis le début, ta marque de fabrique et ton point fort ce sont tes lyrics et la manière dont ils sont balancés. En quoi tu as progressé en tant qu’artiste depuis ton premier album ?
J’ai compris ce que je foutais là. J’ai compris la musique, la musicalité, la question du sens… Cela s’est fait avec l’âge. Quand tu es plus jeune, tu veux impressionner, tu fais du rap de rappeur. Tu utilises beaucoup de techniques, mais la personne lambda ne capte pas tout. C’est de la frime. Ca peut être bien aussi. Mais avec le temps, tu comprends que tu parles à des auditeurs et qu’il faut qu’ils comprennent. C’est important d’être plus épuré.

Les 3 extraits de « Requiem » que tu as lâché mettent déjà la barre haute et donnent le ton, on sent un certain durcissement dans la musique, est-ce que l’époque influence ou peut fortement influencer ton approche de la musique, ton rap, tes textes, peux-tu nous en dire un peu plus ?
L’époque influence automatiquement. Si tu fais du rap comme cela doit être fait, c’est-à-dire branché au réél, forcement l’époque influence la musique. Et là je parle du propos, le son c’est autre chose. Il n’est pas influencé par l’époque.

Ici à La Voix du HipHop, notre définition du HipHop, c’est la rébellion contre le statu quo, c’est la réappropriation des choses, qu’en penses-tu ? Et quelle serait ta définition du HipHop à toi ?
Ma définition du HipHop ? Césaire disait « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir». J’avais repris cela en disant, « la voix des malheurs sans voix». L’idée est la même.

Qu’est-ce qui tourne en boucle dans tes écouteurs en ce moment ?
J’écoute toute sorte de trucs, de la bonne musique. J’écoute beaucoup de soul, comme Curtis Mayfield, par exemple. J’écoute un peu de rap, comme Kendrick Lamar.

Qu’est-ce qui donne encore envie de rapper aujourd’hui ?
L’interaction avec les gens. Voir les gens réagir sur mes morceaux. Il y a des choses qui paraissent évidentes pour certains, mais en réalité, en y réfléchissant, on part de loin. Sans faire de misérabilisme, on vient des quartiers, on n’est pas sensés parler. Nous ne sommes pas censés nous exprimer et nous faire entendre. Avec la musique que nous faisons, nous avons une voix, nous avons la parole. C’est important de faire passer un message. Je ne dis pas que j’ai la science infuse, mais je donne mon expérience. Par respect pour les gens qui m’écoutent, je ne peux pas raconter de la merde.