Kheyzine : « Je suis de l’ancienne école… »

Originaire de Lille et, depuis 9 ans, résident à Bordeaux, Kheyzine est un beatmaker. Depuis 2012, il multiplie les projets musicaux en tous genres (Beat tapes, Compilations, collaborations américaines). La Voix du HipHop s’est entretenu avec ce « digger », qui se revendique de l’ancienne école.

Qui es-tu ? Que fais-tu ? et au passage où veux-tu nous emmener ?
Je suis un passionné avant tout. 23 ans que je suis tombé dans cette marmite qu’est le HipHop et je n’en suis plus jamais sorti. Je souhaite faire voyager l’auditeur dans un univers assez varié, qui peut passer par tout style d’influences, Jazz, Soul, Rock, Rock Progressif, Musique de films, etc… Afin qu’il ressente la même sensation que moi quand je découvre un sample et généralement ce qui en ressort, c’est un univers à l’ambiance sombre et mélancolique.

Quel est ton premier contact avec le Hip-Hop ?
1997 au collège avec l’album d’IAM, » L’Ecole du Micro D’Argent « . J’ai pu apprécier vraiment cet art dans lequel ils nous emmenaient et de là je me suis fait ma propre éducation musicale. N’ayant pas de grand frère à la maison, j’ai par conséquent découvert la discipline de manière autodidacte, par la radio où j’enregistrais certains passages ou titres K7, les clips à la télé sur VHS, la presse avec les CDs sampler… Bien évidemment à 12 ans, j’ai commencé par le rap français que ce soit La Cliqua, Lunatic, Arsenik, Tandem, Rédemption, Le Rat Luciano, un peu plus tard La Rumeur, Casey. Ce sont des acteurs majeurs dans l’hexagone qui ont pu dessiner mon empreinte rapologique avec leurs textes ultras fins, chants lexicaux originaux et flows précis.
J’ai été immédiatement attiré par le côté rue et street des propos. De là, j’ai acheté beaucoup de magazines français (Groove, Radikal…) et US (The Source) pour savoir ce qui se faisait chez nous, en province et aux Etats-Unis.
Dans mon quartier, j’avais la capacité de toujours faire découvrir des MC’s de l’ombre ou encore méconnus avant qu’ils explosent. J’ai fait tourner des classiques niveau rap américain, j’ai été bercé par Mobb Deep en ligne de mire, la noirceur des ambiances, leurs flows, les thèmes et les textes, ce qui reste un pygmalion essentiel dans la culture. Je suis de l’école du QueensBridge, avec aussi Infamous Mobb.

Quand est-ce que tu t’es convaincu pour la première fois que tu allais poursuivre une évolution, un parcours, je ne sais pas si nous pouvons parler de carrière de beatmaker ? Quel a été l’élément ou les éléments déclencheur(s) ?
A l’heure qu’il est, même avec 8 années de beatmaking intense aux compteurs, je n’ai toujours aucun plan de carrière. Je fais des beats chaque jour, en y prenant un immense plaisir, c’est avant tout pour moi une passion et il est important de garder ça en tête.
En 2012, je chope Fruity Loops. Il m’a fallu quelques mois pour bidouiller un beat « potable ». J’ai appris sur le tas, après on a tendance à s’enflammer mais le travail n’est pas terminé pour autant, il faut continuer à taffer quotidiennement dans l’ombre. Ce qui m’a aidé, c’est durant l’année 2009, je me suis fait un compte Myspace et je dialoguais avec des artistes pour pouvoir suivre leur projet, en tant qu’auditeur et aussi via msn !!
C’était vraiment les débuts des réseaux pour moi, car pas d’internet à la maison, ce qui fait qu’en 2012 avec Facebook par exemple, j’ai toujours gardé des liens avec les artistes de Myspace et j’ai pu leurs proposer des beats par exemple. Et de fil en aiguille, j’ai pu enchainer quelques collaborations vraiment intéressantes tout en continuant à apprendre.

On a tendance à dire que la musique adoucit les meurs, et en ce qui te concerne, quel rôle joue la musique au quotidien ?
La musique rassemble les gens, elle assassine les solitudes mais à mon avis son rôle est avant tout thérapeutique. Tu en écoutes partout, à tout moment, dans des jours noirs ou plus joyeux, tu as toujours un son qui va t’accompagner cet instant, toute ta vie cela sera comme ça, la musique est propre à chacun et elle reflète ta B.O de vie.

J’ai eu l’occasion d’écouter puis ré-écouter à plusieurs reprises différents projets, afin de tenter de rentrer dans ton ou tes univers… En tout cas, c’est impressionnant le travail fourni, ta signature sur divers projets (Albums, Eps, maxis, single, beat tape), toutes les collaborations déjà réalisées. On peut se demander quel est ton moteur ou quel a été ton moteur au cas où il a changé entre temps ? Est-ce que tes envies d’hier sont les mêmes que celles d’aujourd’hui dans la musique ?
En premier lieu, le HipHop est une passion, un besoin de créativité certainement. Mais, c’est vraiment ce qui me tient dans le son, il m’a accompagné du début d’adolescence à maintenant, dans les moments très difficiles. j’allumais le logiciel Fruity Loops, je trouvais un sample et c’est la magie qui opérait l’envie de le découper, de le bosser, d’y ajouter ma touche et de pouvoir l’amener dans une autre sphère.
Par ailleurs, le plaisir qu’un artiste puisse enregistrer un titre dessus, c’est tout un processus créatif en fin de compte, du sample à la prod, au emcee d’y ajouter sa touche et Dan Akill qui mixe et masterise le projet, sans oublier une somptueuse cover de Loizo, ce qui est primordial de nos jours. Et bien sûr, chaque nouvelle connexion avec un artiste est très intéressante et enrichissante.

La musique rassemble les gens, elle assassine les solitudes mais à mon avis son rôle est avant tout thérapeutique.

Ta liste de collaborations ne cesse de s’allonger. Est-ce que tu arrives à garder des espaces de créations personnelles, en dehors de tes collaborations et autres projets ?
La création se fait toujours consciencieusement, je taffe dans mon coin, tranquille et sincèrement, j’essaie d’avoir du stock mais c’est très difficile, les sollicitations sont constantes depuis un an environ; surtout venant de « L’Underground américain ». La dynamique est incroyable, tu as le track terminé et les pistes à disposition pour les mixes, ce qui fait que les collaborations s’enchainent à une vitesse effrénée dont bon nombre de projets communs, car c’est un format très apprécié.

Musicalement tu développes différentes ambiances, essentiellement sombres avec souvent un espèce de spectre du mal qui plane, chaque projet (sur lequel je me suis attardé) possède un univers cohérent, tes disques sont comme des moments d’exode… Nous sommes dans de l’échantillonnage, dans l’art du sampling, une maîtrise de la découpe du sample principalement puisé dans la Soul, le Jazz, également une certaine période du rock, nous sommes vraiment dans des assemblages savants, des boucles et des compositions accrocheuses. Je trouve que chez toi, faire de la musique, faire du rap, être HipHop, c’est s’inscrire, dans une culture ! Est-ce qu’il est important pour toi, de respecter cet héritage ?
C’est évident, le HipHop est présent depuis de longues années. Cette discipline nous a bercé, il a traversé les époques et affronté plusieurs nouveaux styles qui n’ont pas perduré, lui est toujours présent. La façon de travailler quant à elle, a beaucoup évolué ainsi que le matériel à disposition pour œuvrer. Le socle est le même qu’à la base, c’est juste qu’il est nourri de nouvelle façon de faire.
Il est vrai que j’ai une facilité à trouver les samples accrocheurs et les découper à ma sauce, ceci est essentiel pour créer et avoir une originalité. J’essaie de faire en sorte qu’une fois terminé, le beat soit considéré comme un potentiel Classique. Il est vrai que les chroniques sur mes projets mettent en lumière mon côté sombre et mélancolique, d’ailleurs Big Up au Blog de Niko !
En même temps avec ce que j’écoutais étant jeune, ce n’est pas facile de s’en défaire mais quand je trouve un bon sample lumineux je ne me fais pas prier longtemps.
Les prods sont toutes conçues dans la même » Usine « , même si elles sont dispatchées sur différents projets, je garde un fil, ce qui forme un univers crédible avec une identité.

Au niveau de tes conceptions musicales, nous sommes loin des textures sonores convenues. Justement à quel niveau estimes-tu avoir le plus progressé depuis « Chute Libre » ? Et puis pourrais-tu nous définir ton style en trois adjectifs et pourquoi ?
Mes 5 premières années de beatmaking étaient vraiment rap, aussi pas mal de compositions. J’enchaînais les beats comme je l’ai toujours fait, à base de samples mais toujours avec ce côté compo que ce soit dans les drums et les éléments. Le rap a toujours été pour moi un niveau au-dessus et je continuais à écouter les nouveaux projets produits par The Alchemist & Willie The Kid comme « Masterpiece Theatre », « Albert Einstein », « Silent Partner », ce genre de merdier tu vois. En 2016, Westside Gunn avec » FlyGod « , des beats de feu avec beaucoup de breakbeats de Daringer notamment, ce flow légendaire, tout le mood, les adlibs, les gimmicks et la vibe autour m’ont vraiment plu.
En 2017, quasiment un an plus tard, je tombe sur « Omerta » de Lil Eto sur des beats de V-Don, ça a été vraiment une claque pour moi. J’ai ressenti le mouv Mobb Deepien qui me plaisait à leurs débuts et des beats avec pas mal de breakbeats minitieux également. J’ai donc eu l’envie de faire des beats plus recherchés dans le concept, avec réellement une ambiance plus lente dans les BPM et des rythmiques plus poussiéreuses.
Je me suis vraiment lancé dans ce délire, un nouveau défi, bosser beaucoup avec des breakbeats, même si pour certains, ce style de prods est un retour en arrière ou une non prise de tête car tu peux sortir un ‘No Beat’ alors que ce n’est pas forcément le cas. J’étais réfractaire au No Drum, au début tu te dis, « il y a que du sample, il ne sait pas fait chier le gars « , alors que le « No Beat », c’est toute une science, l’époque actuelle c’est le NéoBoom Bap pur et dur.

Quelles sont tes armes de prédilection pour la conception musicale, tu bosses comment la création ?
PC, Fruity Loops 10, Clavier maître, des enceintes à 30 euros, quelques kits et break. Après tout se passe dans la tête lors de la création. Depuis presque un an, j’échantillonne des samples d’une vingtaine de minutes pour vraiment avoir de quoi travailler des prods plus fournies et encore plus percutantes.
Chaque jour je choppe des samples par-ci, par-là, même si à la première écoute rien de flagrant mais sait-on jamais en s’amusant avec, il y a peut-être possibilité de faire quelque chose de pas mal. Le sample, c’est vraiment la première chose par laquelle je commence à 95%, la découpe, l’assemblage, les effets, ensuite le placement de la rythmique pour amener l’énergie adéquate, au beat final et en dernier la basse pour compléter le tout. Il peut aussi m’arriver de faire de la compo avec du Rhodes ou du piano ou encore commencer par le beat, c’est au feeling, à l’instinct, selon l’humeur du moment.

Quand j’utilise le terme « beatmaker » pour te qualifier, je le trouve presque réducteur par rapport à ton travail. Quelles sont tes références en termes de beatmakers et producteurs ? Puis peux-tu nous donner un top 5 des meilleurs beatmakers/producteurs durant ces 5 dernières années ?
Dans mon top 5, tu peux y trouver V-Don, Revenxnt, The Alchemist, Daringer, Havoc. Ce sont ceux qui nourrissent majoritairement mon art, tu as aussi Sadhugold, Bloodblixing, Hesh, Stainless Art, Spanish Ran, Beat Butcha. Question sample, découpe, technique, innovation, ils amènent à chaque sortie une qualité incroyable et épatante. Ce sont des exemples à suivre, car ils charbonnent de ouf et leurs statuts sont totalement mérités tant aux niveaux des placements et des choix d’artistes ou des collaborations communes, il n’y a rien à dire.
« Beatmaker »? Beaucoup pensent en être mais c’est comme dans tout, tu peux être beatmaker et être là que pour faire de l’oseille sans prendre le temps de t’intéresser à l’artiste ni même à approfondir ton sujet suivant la vague sur laquelle tu surfes. Tu envoies des beats, tu prends la thune, tu es content et on t’appelle beatmaker… LOL
Moi-même, je ne sais pas comment qualifier mon travail car je fais les beats et 3 façons de faire sont possibles :
– Soit, je vais avoir l’idée d’un projet et je vais me charger de démarcher les artistes dont j’apprécie le taff. Le problème c’est qu’il y a beaucoup de talents partout, des MCs méconnus, vraiment dans l’under de l’under tu vois. Donc, j’ai le privilège de pouvoir choisir les artistes avec lesquels je travaille, ce qui n’est pas donné à tout le monde car pas mal de collègues que j’ai pu côtoyer, sont dans l’attente d’être contactés. Mais si tu n’as pas d’actualité et que tu penses être contacté, cela peut durer une décennie.
– Soit, je vais démarcher un artiste pour placer des beats sur ses projets.
– Soit, un artiste va me contacter pour me demander des beats et ça peut soit se transformer en projet commun ou en placement de prods sur un E.P. ou un maxi par exemple, tout dépend du contexte.

Chaque jour, je travaille des beats et lorsque l’on me contacte je sais exactement ce que l’artiste aura besoin par rapport à son style. Ce qui fait que les collaborations se passent de manière fluide.

Tu travailles avec un grand nombre d’artistes talentueux d’Outre Atlantique ou ailleurs ( Muggz On Drugz, Merciless Midus, Josiah The Gift, Pro Zay, Boob Bronx, Lupus Dei, General Back Pain…) pas forcément connus du grand public mais qui méritent certainement davantage d’exposition mais aussi des artistes talentueux français (Copola du groupe Rédemption, Bonkar Jones….). Plus récemment le mini album « Locked In » avec Jones et le E.P. « Educated Minds » avec Merciless Midus. Qu’est-ce que tu retiens de ces deux types de collaborations ? Etant donné que nous sommes sur des artistes aux sensibilités différentes et à la langue différente, la manière de bosser est-elle la même également ou différente ? Peux-tu nous en dire plus ?
Tout d’abord, les connexions américaines se sont vraiment constituées au fil des années et je suis particulièrement à l’écoute de ce qui se fait là-bas, je connais chacun des projets des artistes que tu as cité, je suis réellement impliqué dans cette écoute, qui fait aussi partie du travail de « beatmaker » comme tu disais tout à l’heure.
Chaque jour, je travaille des beats et lorsque l’on me contacte je sais exactement ce que l’artiste aura besoin par rapport à son style. ce qui fait que les collaborations se passent de manière fluide. Parfois, il y aura quelques retouches mais une fois le pack envoyé je sais qu’au minimum un beat sera pris quand ce n’est pas tout. La musique n’a pas de barrière de langue ce qui en fait sa force, nous pouvons avancer avec le même objectif sans soucis.
Pour Boob Bronx par exemple, j’ai été auditeur de ces projets avant de le démarcher. Le feeling est très bien passé puis nous avons travaillé sur » Water », notre projet en commun et je l’invite régulièrement sur chacune de mes compilations car c’est un kickeur hors-pair et plein de talent.
Avec Bonkar, pareil j’ai écouté son travail, acheté certains de ces projets avant de travailler avec. Nous avons sorti au mois de mars 2020, notre album en commun de 12 titres « De L’eau En Enfer », qui a été très bien accueilli et pendant la période du confinement, il a eu la géniale idée de voir s’il était possible d’enregistrer un mini projet uniquement sur téléphone
J’ai directement contacté Dan Akill qui a fait un premier test assez concluant et de là est né le concept de » Locked In « , à savoir un projet uniquement enregistré par téléphone et tout ça en moins de 10 jours. Pour la cover j’ai de nouveau fait appel à Loizo qui a fait un travail très remarquable en peu de temps.
Copola du groupe Rédemption, je l’ai écouté également de mes 20 ans à aujourd’hui car il fait partie pour moi, des références au même titre qu’un Lino d’Arsenik. Quand je l’ai contacté pour « Young, Drugged, Armed & Dangerous », il revenait dans la musique après plusieurs années à écrire dans l’ombre loin du rap. Il a accepté sans sourciller, il a également constaté que je connaissais son travail parfaitement.
Quand je bosse avec un artiste c’est pour avoir un rendu d’excellente qualité. Nous discutons régulièrement et il est présent sur ma prochaine compilation » Robert MC Call « , par ailleurs nous avons un projet en commun en cours de création pour une sortie prévue courant 2021…

Je suis aussi curieux de connaître la manière dont tu as préparé le très bon EP intitulé « SIXTUS » en collaboration avec Muggz On Drugz pour obtenir cette alchimie dans le résultat final. Est-ce que tu passes du temps avec l’artiste avant de passer à la conception musicale, apprends-tu à le connaître ? Comment l’as-tu repéré ? Est-ce par le biais des réseaux sociaux ?
Exactement, Instagram a aussi beaucoup apporté à mon travail, niveau connexion, prises de contact et « exposition » même si le mot est fort. Muggz avait déjà utilisé un de mes beats pour un featuring sur une compil, un autre sur son album « The Masked Escapades » et pour mon projet « Young, Drugged, Armed & Dangerous » où il apparait avec son groupe « Revenge Of The Truence ». De manière naturelle, il m’ a contacté pour un projet commun, les artistes avec lesquels je bosse, je les ai régulièrement par messages. Je lui ai envoyé un pack de 7 prods dans lesquelles il y avait pas mal de prises de risques au niveau des rythmiques notamment. Il en a retenu 6 qui ont terminé sur ce projet. Suite à cela, il m’a parlé du concept qu’il allait mettre en place dessus, à savoir le Pape Alexandre, Vices Magouilles.
Il souhaitait également avoir un feat français, je lui ai parlé de Bonkar et proposer l’idée à Bonkar qui a validé direct et nous avons travaillé la cover avec Loizo pour vraiment amener l’auditeur dans un univers et ressentir l’ambiance malsaine et fantasmée du projet.
Il est très important que les covers soient des oeuvres inspirées de véritables oeuvres d’art historique. C’est l’objectif que nous mettons en place actuellement avec Loizo.

J’avais envie de revenir sur l’étonnant « Young, Drugged, Armed & Dangerous », ton dernier album, qui est sorti en début d’année, je crois. Est-ce que tu peux le présenter en quelques mots ? Quel est l’objectif de ce long format puis comment s’est effectué le recrutement des artistes ? Et qu’est-ce qui est le plus long lorsque tu te lances dans un tel projet ?
J’ai eu l’idée de « Young, Drugged, Armed & Dangerous » en septembre 2019, j’avais des beats de côté, pour une fois et je me suis dit qu’il était intéressant d’en faire un projet personnel unifié, je souhaitais faire un 10 titres qui au final s’est transformé en un 15 titres.
De là, je me mets à contacter les artistes avec lesquels je souhaitais collaborer pour la première fois, Boob Bronx, Pro Dillinger, Snotty, Nino Graye, Josiah The Gift, Miskeen Haleem, Pro Zay, Outlaw, Mikey Diamond et Copola puis la Machine, s’est mise en route, en 3 mois le projet était prêt.
Je suis très satisfait de ce projet car c’était le deuxième pour lequel je m’occupais intégralement du recrutement, le premier étant « Stansfield ».
Dan Akill a tout mixé et mastérisé, Loizo s’est chargé de la cover, le projet a été très bien accueilli aux Etats Unis puis largement diffusé. J’ai eu également un article sur OkayPlayer.com. Ça fait extrêmement plaisir et ça motive pour continuer dans cette voie. Le plus long dans ce genre de projet, c’est relancer régulièrement les artistes, voir quand ils vont enregistrer surtout et voir aussi ceux qui n’honorent pas l’invitation finalement.
Ce projet est sorti depuis peu en format CD et Vinyle via le distributeur américain Black Hand Music Group, qui est pour moi une véritable consécration car lorsque tu commences seul sur ton logiciel à tâtonner des prods, tu es loin de t’imaginer quelques années plus tard que ton projet sera diffusé sous ce format dans le monde entier.

Que représente pour toi, l’album « Stansfield » ? Qui est sorti avant « Young, Drugged, Armed & Dangerous » ?
Ah mais avant « Stansfield », il y a eu « Tony », ces 2 concepts de projets ont été inventés par Yellow Balaclava. La première fois qu’il m’a contacté sur instagram, il voulait des beats pour un projet du nom de « Tony », c’est à dire Tony Montana, fin 2018.
Je travaille avec lui et nous avons sorti le projet « Tony », en format 10 titres avec des pointures américaines en featuring Bless Picasso, Mav Montana, Stuck B (le frère de Sean Price), Killy Shoot, General Back Pain, Lupus Dei et moi de mon côté, j’ai invité sur ce projet Bonkar Jones, D.I (Barbès Clan) et surtout Dan Akill avec lequel c’était la première fois que nous collaborions ensemble sur du mix.
Passé ce projet, Yellow était de nouveau très enthousiaste à l’idée de bosser avec moi pour un autre projet « Stansfield » du nom de l’antagoniste joué par Gary Oldman dans Léon, mais pris par d’autres projets Yellow n’a pas pu aller au-delà de l’idée du concept et de la cover, j’ai donc pris les devants puis je me suis occupé du recrutement total des artistes et Dan Akill du mix ainsi que du mastering complet du projet.
Le recrutement a été vraiment une première pour moi avec les artistes américains sur ce projet. En France j’ai pu me mettre au recrutement sur mes projets antérieurs tel « Le Barillet ».

Quelle est la différence entre produire un projet à toi (comme Le Barillet Vol.1) et produire un projet collaboratif avec un seul MC (comme tu as pu le faire avec Muggz On Drugz, Merciless Midus, ou encore Jones)? Puis sens-tu ou vois des différences en termes d’audience par exemple?
La façon de travailler est la même pour moi que ce soit une compilation ou un projet solo, le but est de surprendre l’artiste et l’auditeur pour ne pas tomber dans une routine artistique.
Pour Le Barillet, c’était la première fois que je me lançais dans une idée de compilation, je ne connaissais rien en termes de mix, de mastering. Je pensais que c’était juste récupérer les tracks en mp3 et que je c’était bouclé, mais pas du tout ! Pour une qualité de projet, il faut que ce soit mixé et masterisé pour que cela sonne proprement dans chaque contexte (voiture, chaîne Hifi, etc.). On apprend dans l’erreur comme dans la vie.
Ce qui va différencier ces deux genres de productions, ce sont les mixes et les masterings. Certains artistes aiment gérer leurs mixes sur leurs projets solo alors que sur mes compilations, c’est Dan Akill qui s’en occupe, où nous avons donc un peu plus de liberté sur les tracks et couleurs globales du projet.

Nous sommes en train d’assister à une dynamique incroyable sur le marché underground américain, les projets de qualité sont constants, chaque semaine, les artistes nous laissent aucun répit.

Si tu devais indiquer trois projets pour te découvrir aux gens qui ne te connaissent pas, ce seraient lesquels et pourquoi ?
« L.S.D » en collaboration avec Iron Lungz qui est vraiment une pépite tant au niveau des lyrics, flow et choix de beats. « Water » en collaboration avec Boob Bronx qui a était excellement défendu et apprécié sur les réseaux, Vinnie Paz de Jedi Mind Tricks a validé, ça fait plaisir.
» Young, Drugged, Armed & Dangerous » qui est pour moi mon plus gros projet en cette période.
Chaque track, chaque artiste a son style, sa touche, tout le monde a amené sa pierre à l’édifice, des chansons au mastering en passant par la cover et aux beats, un travail d’équipe.
6 mois après, on me parle encore de ce projet, c’est hallucinant et touchant que YDAD, à son échelle, ait pu marquer l’année de son empreinte que ce soit en France ou aux States.

Quelle est la collaboration la plus marquante à tes oreilles comme à tes yeux ?
Sans aucun doute, Copola et Pro Dillinger, rien que de citer ces derniers, je pense à un track en duo, cela serait mortel!!
Ce sont des plumes et des kickeurs hors-pairs puis comme je t’ai dit précédemment pour Copola : j’ai énormément d’estime pour son art que j’écoute depuis 2000 avec son groupe Rédemption puis leurs diverses apparitions. Je me suis réellement retrouvé dans ces vers et le fait qu’il accepte de bosser quelques tracks avec moi, est un grand honneur.
Nous allons donner le meilleur de nous-mêmes afin de sortir un météore en 2021. Pro Dillinger, je l’ai découvert l’année passée avec ces maxis « Everyones Foul » et « 2 Foul », sa façon brute et dynamique de poser, a attiré mon attention directe. Il a confirmé tout son talent avec son 3ème maxi » MosFoul « .
Pour les 2 tracks sur lesquels j’ai travaillé avec lui, il a vraiment fait en sorte que ses chansons soient intemporelles et marquantes. Tu ne peux que les apprécier !

Quel regard portes-tu sur la période que nous sommes en train de vivre musicalement ?
A mon humble avis, nous sommes en train d’assister à une dynamique incroyable sur le marché underground américain, les projets de qualité sont constants, chaque semaine, les artistes nous les laissent aucun répit.
Comment ne pas s’inspirer de cette dynamique à notre échelle ? Tout est vraiment mis en place pour amener chacun au plus haut, même avoir des alliances ou des co-signatures sur des labels tels que celui d’Eminem et de Jay-Z notamment pour Griselda puis la réussite est là… Désormais Griselda apparait dans les grands médias et émission télé
Tout est dû à un travail sur tous les bords, artistiques, communication et sur les élans les uns envers les autres afin de mettre en lumière, certains rappeurs de talent de l’underground.

Es-tu à l’aise avec l’ère du streaming dans laquelle nous nous retrouvons ?
Je suis de l’ancienne école, celle de l’objet, Cd, K7 ou Vinyl, l’époque où tu t’attardais sur le livret d’un album, à regarder les crédits, les lyrics. Tu étais plongé dans un univers à analyser, c’est un tout.
Maintenant tu n’as plus tout ça, c’est de la consommation, tout le monde fait un son et quand tu vois le marché actuel en France qui prédomine c’est le trap, du rap varièt avec toplines, c’est devenu un produit commercial sans âme, juste buzzer qui fait danser les adolescents.

Te souviens-tu du premier artiste rap que tu as acheté en vinyle et en quelle année ?
Lalcko avec son titre « Blow » en 2003, il me semble. C’était l’époque de « Sang D’Encre, 45 Scientific « , une grosse compilation, avec une grosse équipe. Ils ont marqué l’année avec Ali, Escobar Macson, Lalcko et « Les Voix Suprêmes », un classique.

Est-ce que tu as en tête quelques MCs avec qui tu aimerais travailler ?
En vrai il y a trop de kickeurs que je découvre chaque jour, surtout aux states, il y a beaucoup de talents. Chaque nouvelle collaboration est enrichissante et je suis fier de travailler sans histoire d’intérêts financiers derrière et cela se ressent quand tu sors un track ou un projet en totale alchimie.

Qu’est-ce qui se prépare de ton côté ? Y-a-t-il un ou plusieurs projets dans le four ?
Depuis juin 2020, le EP « Jeune Vétéran » d’ Akbal est disponible, c’est un emcee du Nord de la France, il a travaillé très dur et bosse sans relâche pour amener cela à un très haut niveau. L’été dernier, il est venu un après-midi à la maison, il est reparti avec un pack de beats et le processus s’est enclenché. L’univers est vraiment marqué de l’empreinte américaine. Actuellement nous bossons sur un second opus qui devrait arriver courant octobre 2020.
J’ai également sur le feu un projet féminin  » Cataleya  » sur lequel je travail depuis plusieurs mois et qui regroupera des chanteuses , rappeuses françaises et américaines .
des projets communs avec Miskeen Haleem, Nino Graye, Mickey Diamond, Ace Prxdigy, Aaaron Burris, Lughz, Allah Preme, Royal Minus… Et il y aura certainement un projet instrumental sur lequel Loizo bossera des visuels et des vidéos.

Oui, il y a peut-être de l’actualité à défendre également ? Qu’est-ce qui va se passer ?
Mon projet « Robert McCall », personnage emblématique interprété par Denzel Washington dans le film Equalizer vient de sortir. Il est disponible en ligne. C’est un projet Franco/Américain avec une trentaine de morceaux en solo ou en duo. J’ai pu recruter tous les artistes underground que je souhaitais, tant en France qu aux States , et leur offrir les beats adéquates pour les mettre en valeur et amener le projet vers le haut. C’est encore un gros taff de mon ingénieur, Dan Akill pour les mixes & masterings et une sublime pochette signée Loizo.