Quelques mois aprÚs la sortie de « Délit 2 survie », Pépite dresse le bilan de son premier essai en solo et annonce ses futurs projets.
Comment sâest dĂ©roulĂ©e la rĂ©alisation de ton 1er album?
En fait, il y a plusieurs Ă©tapes. Il y a lâĂ©tape oĂč tu rĂ©flĂ©chis Ă ton projet, lâĂ©tape oĂč tu crĂ©es ton projet et lâĂ©tape oĂč justement tu amĂšnes ce projet Ă bien: câest Ă dire, tu commences Ă faire tes mixes, Ă masteriser. Donc tu es sĂ»r de ce qui va sortir. Entre tout ce temps lĂ , il sâest passĂ© 3-4 ans. CâĂ©tait un long boulot, ce sont des annĂ©es de travail, câest tout ce que jâavais depuis le dĂ©but, des idĂ©es que je nâavais jamais dĂ©veloppĂ©es. Jâai pris le temps de le faire et puis voilĂ .
Il y a t-il un titre en particulier sur lequel tu as passĂ© plus de temps Ă le shooter, vu que tu as un cĂŽtĂ© vachement intimiste dans lâalbum?
En fait, ça dĂ©pend de lâĂ©tat dâesprit du moment. Quand tu arrives en cabine, soit tu es dedans soit tu ne lâes pas. AprĂšs câest clair quâil y a des morceaux oĂč jâai galĂ©rĂ© pour les faire. Tu shootes, aprĂšs tu Ă©coutes... le lendemain tu jettes tout, tu nâes pas dâaccord, tu abandonnes le truc 3 semaines, tu travailles sur dâautres choses, tu reviens dessus, tu rekickes et voilà ça donne mieux. A un moment donnĂ©, tu dois prendre du recul mais tu nâas pas le temps de prendre du recul. Parce que tu es en plein dedans et tu nâas pas le temps non plus de douter de quoique ce soit. Parce quâil ne faut pas douter, il faut crĂ©er, on est constamment dans la crĂ©ation...
Lâalbum est composĂ© de 17 tracks, toutes les productions viennent de toi. Est-ce que tu composes et Ă©cris dans le mĂȘme Ă©tat dâesprit ou tu diffĂ©rencies PĂ©pite MC et PĂ©pite Producteur?
Ouais, je pense que câest le mĂȘme Ă©tat dâesprit. Ce sont 2 choses compatibles, utiles et nĂ©cessaires. Câest artistique, quand je suis en train de rapper ou dâĂ©crire, je prends plaisir mais aprĂšs câest vrai que ce nâest pas le mĂȘme plaisir. Câest un peu diffĂ©rent, tu as moins de pression quand tu es en train de crĂ©er un son que quand tu es en train de rapper.
Estimes-tu lâavoir sorti dans de bonnes conditions?
Franchement, je lâai sorti avec les moyens du bord. Jâai tout programmĂ© moi mĂȘme, jâai Ă©tĂ© le masteriser Ă Paris. Je suis arrivĂ© ici, jâavais mon disque et jâĂ©tais pressĂ© que ça sorte et câĂ©tait peut-ĂȘtre lĂ le dĂ©faut. Ăa fait des annĂ©es que je rappe, et quelques annĂ©es aussi que lâalbum est en cours. Je me suis dis âmaintenant je le fais avec le peu de moyens que jâai et je le sorsâ. Parce que jâattendais de trouver comment financer le truc ou un bon investisseur, mais tout ça câĂ©tait de la flĂ»te et jâai vu la rĂ©alitĂ© telle quâelle est. Et Ă partir de lĂ jâai tout fait moi-mĂȘme. Jâai posĂ© ça un peu partout, jâai fait de la promo, jâai sorti des affiches, on a fait des petits spots Ă la radio, on a fait une promo comme il se doit dans la rĂ©gion et sur Lille surtout.
Aujourdâhui je suis en train de mâentourer de gens compĂ©tents dans ce domaine. Je bosse toujours avec MicMac pour la scĂšne. Et tout ce qui concerne lâalbum, les contrats, la gestion, câest Update qui sâen occupe, câest une nouvelle structure qui arrive ici.
On dĂ©veloppe, on structure toutes ces annĂ©es de travail parce quâil y a des dossiers, des papiers Ă faire, des vidĂ©os Ă mettre en place, des vieux sons Ă ressortir. Il y a toute une mise en place, une stratĂ©gie de communication que je nâavais pas le temps de faire seul et aujourdâhui on est en train de la faire via les sites web, les magasins, les labels, les fanzines et maintenant les gens reconnaissent le produit vu quâil parle de lui-meme.
Câest ce que jâaurais dĂ» faire avant la sortie du disque mais comme câest une sortie locale. Maintenant on est en train dâarriver dans plein de villes et on sâinstalle doucement.
Jâai Ă©coutĂ© lâalbum Ă plusieurs reprises et je le trouve assez conceptuel au niveau du choix des titres, de lâordre et du rythme. DĂšs le 1er titre, tu installes le climat avec « La Grisaille » en guise dâintro, ensuite il y a un 1er dĂ©veloppement oĂč tu coupes avec une interlude musicale, un 2Ăšme dĂ©veloppement et tu termines par une conclusion avec âLa Tristesse et lâEspoirâ... Tu lâas conçu comme ça ou je me trompe?
A vrai dire, je lâai conçu au feeling. Jâavais une ligne directrice, je savais trĂšs bien ce que je voulais faire. Jâai mon concept, câest DĂ©lit de survie. Je savais comment amener les choses Ă bien artistiquement, et câest ce qui a donnĂ© Ă la fin que dans ma palette de titres, jâai gardĂ© ceux que jâestimais exploitables, ceux qui me reprĂ©sentaient le mieux.
Câest vrai quâil y a une vraie harmonie et vrai sens entre les titres. On ressent que ce nâest pas une compilation, que ce ne sont pas des morceaux que jâai faits Ă lâarrache, dans des studios Ă gauche et droite. Tout a Ă©tĂ© fait dans le mĂȘme studio, tout a Ă©tĂ© mixĂ© par Mr J et moi.
En gros, ça fait longtemps quâon est lĂ . PĂ©pite, câest un concept, Malfaiteurs câest un concept, on est toujours dans le concept, on nâest pas lĂ pour tout mĂ©langer. On aime quand ça a une entrĂ©e et sortie.
Je trouve que lâalbum sonne nocturne. MĂȘme quand on lâĂ©coute la journĂ©e, il te ramĂšne Ă la nuit alors que quand on lâĂ©coute le soir, il colle trĂšs bien. Est-ce que câest voulu ou est-ce que tu nâĂ©cris que le soir?
Câest vrai que jâaime la nuit. Jâaime pratiquer la musique la nuit, câest posĂ©, câest calme. AprĂšs, ça mâarrive de faire des sons la journĂ©e mais câest plus du mix et le soir câest plutot lĂ oĂč je crĂ©e des sons, jâenregistre, jâĂ©cris, je pose... Jâai fait des prises Ă 4h ou 5h du matin, nous ne sommes pas comme ces fonctionnaires rappeurs qui prennent des sĂ©ances de studios.
Malheureusement, aprĂšs il y en a qui nâont pas le choix parce que tu paies trĂšs cher et tu ne fais pas ce que tu veux. On tâinstalle dans un climat oĂč il faut sâadapter, oĂč on te donne des horaires...Alors que moi, je fais ça chez moi, je fais ce que je veux quand je le veux et câest ça qui fait le HipHop. Je ne me force pas Ă faire quoique ce soit parce que le jour oĂč je me forcerai Ă faire de la musique, jâarrĂȘte.
Comment sâest fait le choix des invitĂ©s?
Câest au feeling que cela sâest fait. Au dĂ©part, il y avait des choix, je voulais suivre une ligne. Et puis je me suis dis que jâavais les capacitĂ©s, sans prĂ©tention, de faire les choses moi-mĂȘme. Alors jâai collaborĂ© avec Bibouh de Malfaiteurs, câest la famille, Meldja, RĂ©alitĂ© Anonyme et puis il y a eu Havoc de Mobb Deep,The Alchemist,40 Glocc. Câest le destin.
Dâailleurs, comment sâest faite la rencontre avec Havoc de Mobb Deep,The Alchemist, 40 Glocc?
Ils Ă©taient en concert Ă Roubaix. Jâavais un pote qui connaissait leur manager et qui mâa proposĂ© de voir Mobb Deep pour essayer de faire un truc avec eux au culot.
Ăa câest fait, ils ont aimĂ© la vibe. On sâest donnĂ© rendez-vous dans mon studio Ă Lille aprĂšs le concert. On est arrivĂ© avant eux pour prĂ©parer les sons, allumer le matos. Quand ils sont arrivĂ©s (mon studio est dans un HLM, câest dans le quartier) ils ont vu le dĂ©cor, ils sont entrĂ©s, il ont vu le matos, ils ont vu que câĂ©tait HipHop.
AprĂšs ils ont demandĂ© Ă Ă©couter les sons et on a envoyĂ© des sons. Ils ont eu des rĂ©actions qui ne sâexpliquent pas, il faut le vivre. Quand tu vois Alchemist qui Ă©coute ton son, tu as 40 Glocc de Los Angeles qui Ă©coute ton son, tu as Havoc de Mobb Deep qui Ă©coute ton son et qui claque la tĂȘte, qui fait le fou...Je nâai pas vraiment rĂ©alisĂ©. Câest le lendemain quand jâai matĂ© les vidĂ©os que jâai rĂ©alisĂ© quâil y avait un ouragan qui Ă©tait passĂ© dans le quartier.
Et personne ne le savait, mĂȘme moi jâĂ©tais lĂ mais jâavais du mal Ă le croire. Les vidĂ©os parlent dâelles mĂȘmes. On fait les montages, ça va arriver sur mon site www.pepite-officiel.com. Câest un vrai titre, ça nâa pas Ă©tĂ© fait par le net comme beaucoup le pense, câest une vraie connexion, câest du vrai HipHop et ça ce ressent. Moi, jâai ressenti les annĂ©es 95/96...
« Le rap est une arme donc poses la si tu nâas rien Ă dire... » Quâest-ce que tu aimes justement dans cette arme?
Elle est trĂšs efficace, câest une arme qui touche. Mais qui dit arme dit dangereux donc elle peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique comme elle peut ĂȘtre mauvaise si on se restreint Ă se renfermer dans des trucs ou Ă mal conseiller les gens, Ă les Ă©garer de la vibe HipHop et du message...
Dans tes refrains et tes couplets, tu utilises souvent le âonâ. Tu dĂ©veloppes souvent dans tes messages cette prise de conscience Ă prendre, lâautonomie, la nĂ©cessitĂ© de se rĂ©veiller... Penses-tu que le systĂšme fabrique de plus en plus dâassistĂ©s surtout chez les jeunes ou est-ce quâil sâagit dâun manque de motivation?
Ce nâest pas un manque de motivation. Câest tout un dĂ©roulement de lâĂ©volution de la politique et surtout de la mondialisation. Aujourdâhui on arrive dans un monde sophistiquĂ© oĂč les gens nâont plus besoin de sortir de chez eux avec Internet, msn... Ăa peut abrutir les gens parce que lâĂ©panouissement se fait Ă travers un monde irrĂ©el et fermĂ©. Internet câest un cercle fermĂ©. Aujourdâhui on fabrique des machines pour que tu tâendormes, sans compter les drogues, ce qui est accessible Ă tous Ă chaque coin de rues.
Donc ce nâest pas que les gens soient dĂ©motivĂ©s, câest quâils sont touchĂ©s, victimes de tout ce que ce systĂšme a pu gĂ©nĂ©rer. AprĂšs je ne dis pas quâon va les rĂ©veiller avec du rap. Mais si avec mon rap je peux te ramener les pieds sur terre pendant quelques minutes...je te rappelle la rĂ©alitĂ© et ça te remet les choses en place. Mais ce nâest pas fait que pour ça le rap! Ce nâest pas fait pour casser les gens ou autre. Câest une prise de conscience, câest un son, câest une vibe. Et puis aprĂšs il y en a qui Ă©coutent le message, il y en a dâautres qui Ă©coutent le flow, il y a aussi ceux qui Ă©coute la structure du morceau, il y a enfin ceux qui nâĂ©coutent que le rythme. Câest de la musique avant tout!
âLa sincĂ©ritĂ© se fait rare comme le sourire de mes frĂšres dans le brouillardâ... Dans ton album, tu dĂ©veloppes diffĂ©rentes facettes de ta personnalitĂ©. Est-ce si facile de parler Ă cĆur ouvert comme sur âMessageâ ou âMa RĂ©alitĂ©â?
Ce nâest pas si facile parce que les gens prĂ©fĂšrent que tu leur parles avec lâintention de faire du fric, de la surrenchĂšre mais nous on nâest pas dans ce train lĂ . Moi, je fais de la musique. Câest comme un rayon dans lequel tu as plusieurs aliments, plusieurs produits et les gens consomment ce qui leur plaisent. Je ne force personne Ă Ă©couter ce que je fais. JâespĂšre juste que ce que je fais ça sert Ă quelque chose mĂȘme si Ă la base câest personnel parce quâaprĂšs ça ne tâappartient plus, une fois que câest sorti.
Beaucoup peuvent se reconnaĂźtre dans « DĂ©lit de survie », câest une volontĂ© dâexister...
Câest un cri, câest une dĂ©tresse, câest une prise de conscience, câest un vent qui passe et qui te dit quelque chose. AprĂšs si tu te le prends en pleine face, câest que tu as compris, si tu te ne lâa pas pris câest que tu nâas pas vu ce qui se passe. On a peu de moyens aujourdâhui et ce manque de moyens fait que nos disques ne sont pas partout, et que ma tĂȘte nâest pas partout. Pourtant il y a du potentiel. Il y a plein dâartistes qui font leur truc dans lâombre mais bon, câest le prix de lâindĂ©pendance...
La notion du temps apparaĂźt souvent dans tes textes, tes titres. Quâest-ce que cela tâinspire surtout que maintenant tout va trop vite?
Je me dis que plus le temps passe et moins tu vivras. Je me dis quâarrivĂ© Ă la trentaine, je rĂ©flĂ©chis et je me dis que je passe mon temps Ă faire de la musique, Ă me faire plaisir et je trouve ça quand mĂȘme un peu Ă©goĂŻste mĂȘme si je nâai rien Ă voir avec ça... Moi je ne suis pas du tout radin, Ă©goĂŻste, moi je suis pour lâouverture dâesprit, pour lâĂ©change et câest par le biais de ma musique que je tente partager avec le plus grand nombre.
Quâest-ce quâen on dĂ©duit alors sousâla grisailleâ quotidienne oĂč survivre est devenu un dĂ©lit? Est ce quâil y a encore une place pour le rĂȘve?
On en dĂ©duit la tristesse et lâespoir. Il y a toujours de la place pour le rĂȘve mais cette derniĂšre devient de plus en plus brĂšve. Sans vouloir jouer les moralistes, il faut donc se prendre en main trĂšs vite parce quâil y a des choses pour lesquelles il faut sâimpliquer dans la vie, il faut savoir se positionner sur des choses.
Moi jâaime les personnes qui ont du vĂ©cu, de la personnalitĂ©, du savoir vivre, qui ressentent le besoin du comment et de ce qui faut faire...AprĂšs câest vrai, on ne fait pas toujours ce quâil faut mais on essaiera de le faire parce que si personne ne le fait, personne ne suivra...profitons de ce luxe qui est de faire musique afin de transformer notamment le nĂ©gatif en positif.
Retrouvez Pépite sur le web
www.pepite-officiel.com.
www.myspace.com/pepite59000


