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Isham – Conçu pour le HipHop

Isham – Conçu pour le HipHop

Aujourd’hui, Isham est un illustrateur et directeur artistique. Ex-membre du groupe rap Law DMD, il est surtout un activiste impliqué depuis 20 ans dans la culture HipHop. Son travail et son art en attestent.

Isham

Qui est Isham ?

Un dangereux schizophrène d’origine marocaine qui vit en France depuis 1972, activiste impliqué dans le HipHop depuis 20 ans, spécialisé dans la torture de l’alphabet et les attentats microphoniques. Je suis aussi  directeur artistique freelance, graphiste, illustrateur, graffiti artiste.

 

Quel est ton parcours dans le HipHop?

C’est en 86-87 que j’ ai commencé à traîner avec des gars de mon quartier, le ATM posse. On avait peint l’un des premiers shop HipHop à Roubaix ( A freeK Store ). Nous étions très impliqués dans le HipHop, on tagguait, rappait, il y avait des danseurs. On avait la chance d’habiter non loin de la frontière belge où il y avait la meilleure boite HipHop européenne de l’époque, le LAS VEGAS à Mons, très pointu dans le son et le mouvement. Ce qui fait qu’on était finalement toujours au fait des nouveautés, bien que nous vivions dans une petite ville, Maubeuge, on était au cœur du truc.

 

Je t’ai connu en tant que MC au sein du groupe Law D.M.D au début des années 90. Les années sont passées très vite j’avoue… Comment était le mouvement à cette époque dans la région ?

Il y avait moins de rappeurs qu’aujourd’hui, moins de writers, moins de DJs, moins de boites, moins de clips, moins d’émissions, moins de magazines, moins de structures, moins d’argent, moins de Versaillais, moins de magasins, moins d’alcool, moins de drogue, beaucoup plus de fachos, plus de respect, plus de franchise, plus de solidarité, plus de de naïveté, plus de force, plus de richesse dans les textes et les musiques, plus de soldats et moins de «  je veux être », on croyait encore au « Hold up mental », et on en avait rien à foutre en même temps ( grand regret car finalement, il y a peu de photos de l’ époque ).

 

Le fait que dans le mouvement HipHop il y ait moins de monde, à cette époque, mais plus de passionnés avec un réseau quasi-identique pour tous, est-ce que était plus intéressant?

Plus intéressant pour qui ? Avec le recul, c’est vrai qu’il y avait plus de rigueur dans la qualité « artisanale »  des sons, des styles. Les groupes avaient moins accès aux studios, aux médias, ce qui était un bon facteur pour l’originalité, les organisateurs de soirées et les structures laissaient plus facilement des salles que maintenant. Je me rappelle de concerts qui duraient 3 heures qu’avec des groupes régionaux, il n’y avait pas l’aspect social du truc, c’était reconnu par très peu de monde et les structures  qui s’intéressaient au mouvement voyaient plus l’aspect artistique que l’aspect social qui a pourri le truc par la suite. Comme on était moins nombreux, tout le monde se connaissait, on ne se mélangeait pas, c’était 100% HipHop.

Le fait de s’en foutre de plaire et que ça ne soit pas aussi à la portée de tout le monde rendait le truc plus intéressant sans aucun doute.

 

Il y a-t-il eu dans ton parcours des personnes, des groupes ou des rencontres qui t’ont marqué puis qui t’ont donné encore plus envie de ne rien lâcher ?

Il y en a eu des masses ! Au niveau du Graffiti, c’est Creat, un pote du quartier qui à déménagé en Seine St Denis et qui avait un style de fou qu’il partageait avec nous quand il remontait dans le Nord. Au niveau du son, c’est Young MC avec son « STONE COLD RHYMIN’», Kid Frost «HISPANIC CAUSING PANIC »,  LL COOL J, des que je mettais ça dans mes écouteurs ça me donnait la pêche, plus tard il y a eu des vrais rencontres avec des gars comme Mickey de la Fronde, Sleek, Acetone, Rocca, Big Red avec qui j’ai bossé et partagé des bons moments.

 

Tu as touché à la plupart des disciplines du HipHop… Que réponds-tu à ceux qui ne parlent qu’en termes de Old school et New school ?

Je réponds qu’avant c’était une époque. Aujourd’hui, c’en est une autre. Il y a des gars qui n’ont rien lâché comme Squatt ou Dee Nasty, ça force le respect. J’avoue que j’ai une préférence pour la Old school, les sons des 90s, aujourd’hui tout se mélange dans une espèce de bouillie commerciale où les pros du marketing dominent.

 

Qu’est-ce qui a fait que tu as finalement décidé de t’investir dans le graff et tous ses dérivés ?

J’ai toujours beaucoup dessiné même à l’époque de mon groupe. Je dessinais plus que je n’écrivais de lyrics. Et puis je considérai que je n’avais pas un niveau terrible en rap. Je me suis investi plus dans la peinture, j’y trouvais mon compte. Le graffiti correspondait plus à mon état d’esprit en terme de résistance à la norme, à l’Etat. Ensuite au fil des rencontres et des expériences et aussi parce que j’y étais devenu complètement accro, j’éprouvais plus de satisfaction à voir mon nom sur les murs que prendre le micro.

 

Quelles différences il y a t-il entre l’univers du rap et celui du graff ?

C’est pareil, c’est un investissement personnel qui peut être risqué. Si tu n’es pas présent, tu tombes dans l’oubli, tu peux devenir célèbre et vendre des albums ou des toiles dans les galeries, faire des erreurs, te faire critiquer, te faire carotter, te faire trahir, dans les 2 cas tu n’en sors pas indemne. C’est impitoyable mais c’est comme ça, c’est la vie qui est comme ça.

 

Est-ce un mode d’expression où l’imagination et l’espace sont réellement infinis comme on a tendance à le dire ?

Les seules limites sont celles que tu t’imposes à toi même, si ton imaginaire est fertile encore faut-il avoir la technique et le style.

 

Est-ce l’évolution de ton savoir-faire qui t’a ramené à l’infographie et au graphisme par exemple ?

Grâce au graffiti, j’ai acquis des notions de graphisme comme la typographie, les couleurs, les formes, la composition. C’est ce qui m’a rendu sensible aux images et c’est une évolution logique que de bosser là dedans. Aujourd’hui, on fait ça avec des ordinateurs et les nouvelles technologies, c’est devenu incontournable. Avant dans les boites, on bossait aux bancs de reproduction. Les outils changent et évoluent, il faut s’adapter.

 

Peux-tu nous expliquer ce qu’est l’infographie à ta façon et la différence avec le graphisme ?

L’infographie, c’est faire du graphisme via un ordinateur à l’aide de logiciels (on va pas citer de marque…). Le graphisme, c’est créer avec des formes, des typographies, un univers qui t’est propre ou reprendre des éléments existants et les traiter pour communiquer et faire passer des informations, ou encore mettre en valeur un produit. Je suis assez éclectique dans mon travail d’infographie. J’aime utiliser différents codes et styles, et en faire quelque chose d’original qui a de l’impact.

 

Aujourd’hui, beaucoup plus qu’hier, la culture HipHop influence le monde, du style vestimentaire en passant par le visuel, le design, l’attitude…bref… pourtant ça reste encore une culture (un art de vivre) non reconnue à sa juste valeur…Quelles en sont les causes et les conséquences de ce manque de reconnaissance à ton avis ?

Le style a tendance à effacer l’aspect culturel et historique du HipHop. Le design, la pub ou la mode sont par nature des activités changeantes, leur monde, c’est l’apparence. Même si certains créateurs de modes, graphistes ou designers sont très talentueux et ont même peut-être une démarche pseudo artistique, ils se nourrissent de l’art, des cultures d’une manière superficielle. Le HipHop pour eux représente des clichés et se retrouve absorbé dans un magma informel qu’on appelle : Tendance. On privilégie plus la forme que le fond. Il y a un manque de reconnaissance de la culture HipHop qui entraîne quoi ? La perte de repères pour les jeunes générations qui s’habillent en B-Boys et écoutent Matt Pokora… et la mort de la culture. Les anciens eux-mêmes sont affectés par la globalisation, le manque de reconnaissance entraîne le manque de moyens pour ceux qui essaient d’en vivre et des fois ça amène au pire comme Public Enemy qui fait un morceau avec Benny Benassi !

 

La région est truffée de personnes talentueuses mais est-ce qu’il y a de la place pour tout le monde dans le domaine de l’infographie et du design… comment décrirais-tu ce milieu?

C’est chaud, tout le monde fait de l’infographie! J’ai la chance d’en vivre mais pas mal galèrent, il y a eu un boum dans la région qui a amené beaucoup de boites, de graphistes et d’écoles à s’installer. Après, il y a eu une crise, fermeture de boites et tout ce qui s’en suit… Il y a pas mal de graphistes qui déchirent dans la région cependant, c’est similaire un peu au HipHop, il y a les anciens, les nouveaux, les crews, les bouffons, les faux…

 

Tu es sollicité aussi bien dans l’hexagone qu’à l’étranger…tu réalises des affiches, des flyers, des pochettes de CDs… autant pour des personnes renommées que des moins connues…justement comment travailles-tu généralement, as-tu une recette?

En général, je réfléchis d’abord à une idée, un concept, ensuite c’est de la recherche. Chez moi, c’est très instinctif, je n’arrive pas à analyser le processus de création, c’est un mystère.

 

Est-ce que les gens connaissent, reconnaissent ou commencent à reconnaître ta marque de fabrique ?

Pas évident comme je suis assez éclectique dans les styles. Ce n’est pas terrible en terme de carrière mais c’est pas ça qui m’importe. J’aime faire pleins de trucs différents, essayer des choses, je m’amuse bien comme ça.

 

Moi je suis un peu nostalgique, ça me fait penser toujours au HipHop bien sûr dans son intégralité mais aussi à la Cliqua, les ambiances posses… D’ailleurs tu fais partie de différents crews, qu’est ce que l’esprit de crew t’apporte?

Mes Crews, ce sont d’ abord des potes sur qui je peux compter. On est à l’ancienne, ce n’est pas des « weekend crew ».  En cas de coup dur, j’ai mes arrières, on bosse ensemble, on se motive et on avance.

 

Quelles sont les différences de chacun des crews ?

La géographie. D32, c’est la Bruxelles connection ainsi que Dunkerque avec Eight, Bako et Hipy. MACIA CREW, c’est Strasbourg, Lyon, l’Allemagne. DBA, c’est Roubaix, mais il n’y pas de différences, on est tous ancrés dans le HipHop.

 

Peux-tu nous présenter MACIA qui est un crew international ?

Le MACIA( Mouvement d’ Action Cosmopolite Insurrectionnel et Autonome ) est un crew qui a 20 ans maintenant, dedans il y a des rappeurs, des danseurs, des graffeurs. Au delà du graffiti on essaie de développer notre univers plutôt « dark » à travers des expos, la musique, du merchandising dans le monde entier.

 

Est ce qu’avec un  crew,  au niveau création, on sent davantage le coté et la touche street ?

Chez nous il n’y a pas de doute, quand tu vois nos inspirations et notre style et nos membres, c’est la street !

 

Tu as eu l’occasion d’aller a plusieurs reprises à New York et même de graffer là-bas, comment ça se passe le HipHop de ce côté ?

C’est resté à l’ancienne avec beaucoup de respect et de partages.

 

Est-ce que l’on est vraiment plus proche de l’esprit originel du HipHop?

À New-York, tu baignes dedans! Partout,  il y a du son HipHop, même les SDF sont habillés en Ecko.

 

Si on te donne le choix entre exposer dans une galerie renommée pendant un an ou réanimer un long mur (tout neuf) bien visible en plein centre ville (intouchable pendant 4 mois)…que choisirais tu ?

La galerie, le mur je pourrai toujours en faire après et au centre ville et bien visible 😉

 

Un grande nombre d’artiste nordistes expose plus et préfère exposer à Paris que dans la région, à croire que tout est fait pour que dans la région ça n’explose pas…Quelles sont les inconvénients dans le Nord Pas de Calais ?

Il y a un manque de moyen ici, et le peu de galeries qu’il y a sont soit hermétiques au HipHop ou soit trop petites. Paris offre beaucoup plus d’opportunités pour exposer.

 

En ce moment tu exposes à Paris, si je ne me trompe, c’est un autre univers, une autre approche de ton art… des toiles essentiellement faites au fuzin…est-ce une nouvelle facette d’Isham ?

C’est un retour à mes premiers amours : le dessin, j’en avais marre de tous ces trucs d’infographie et je voulais parler du graffiti sans tomber dans le cliché (lettres, b-boys, etc…). C’est pour cela que je dessine des baskets, les miennes avec lesquelles j’ai graffé, traîné dans les terrains, qui ont vécu et celle d’autres graffeurs comme des hommages /portraits.

 

Comment définirais tu ton style ?

Mon style c’est : Egotrip, c’est mon concept. C’est mon vécu qui coule sur mes toiles et sur les murs, c’est mon Ego, mon territoire, ma banque de données personnelles héritée du graffiti et de l’effervescence de l’énergie créative de la ville. C’est la recherche de l’expression de l’identité entre sentiment d’appartenance et autonomie, entre aliénation et liberté.

 

Tes futurs projets ?

Des expos à Lille et Roubaix , l’ album de BIG RED, celui de Pépite des malfaiteurs, et d’ autres surprises.

 

http://maciacrew.free.fr/

http://www.flickr.com/people/21388934@N03/

http://www.hbdistrict.com/

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